Photo subaquatique

Article mis à jour le 2 avril 2015

Voici quelques principes de base pour réussir des photos sous l’eau, à partir de ma propre expérience…

Du compact au reflex

Plongée à Weda Bay. Moluques, Halmahera, Indonésie. Mars 2013.

Je me suis mise à la photo sous l’eau en 2006. Mon tout premier appareil a été un de ces trucs vendus aux touristes, jetable, avec une pellicule argentique dedans.

Puis, j’ai acheté mon premier appareil photo numérique. Je me suis d’abord « fait » la main (et l’œil) avec le petit Canon Powershot A95) de 2006 à 2009. J’ai fini par faire le tour de ses possibilités, et il a fini par rendre l’âme…

Je suis passée au reflex début 2010 (Canon Eos 7D, caisson Ikelite). Mes images ont peu à peu progressé en qualité, au fil des années. Mais l’appareil n’est pas tout. Même avec un modeste appareil compact, on peut obtenir d’excellents résultats.

Je récapitule ci-dessous quelques petits trucs auxquels il faut penser, avant, pendant et après la plongée !

1. Maîtriser sa flottabilité

Premier impératif, qui concerne plus la technique de plongée que la photo : il faut être bien à l’aise avec sa flottabilité, notamment savoir faire le poumon-ballast sans même y penser. 

Sous l'eau à Bornéo. Sangalaki, Indonésie, juillet 2013. © Bambang Sangiutoro• En macro, notamment, il faut pouvoir se tenir près du sujet, sans se « cogner » aux coraux ou aux rochers, au risque de se blesser et d’abîmer l’environnement.

• Il faut savoir évoluer près du fond sans soulever du sable… Sinon, bonjour les particules en suspension qui feront des taches blanches dans la lumière du flash !

• On évite les mouvement brusques, on palme lentement et on respire calmement pour ne pas effrayer les bestioles.

 : ! : Enfin, surtout, il est essentiel de ne jamais se mettre soi-même en danger quand on est accaparé par la photo à prendre. On fait gaffe à tous les trucs habituels (courant, profondeur, conso air). Et puis on garde un œil sur son binôme et sa palanquée pour ne pas les perdre (et on les aura prévenus avant la plongée qu’on risque de « traîner » un peu à cause des photos).

2. Bien connaître son appareil

Ça paraît tout bête, mais avant de se mettre à l’eau, avec son appareil à l’intérieur d’un caisson, mieux vaut bien connaître, à fond, tous les boutons, réglages, fonctions dudit appareil.

• Le mieux, c’est de s’entraîner, au sec, à le manipuler dans son caisson pour retrouver facilement les boutons dont on a besoin.

• Même avec un compact, mieux vaut privilégier un modèle d’appareil offrant les modes Manuel (M), avec un caisson permettant l’accès à tous les réglages, dont Vitesse prioritaire (Tv) et Ouverture prioritaire (Av), pour maîtriser ce qu’on fait sous l’eau.

 : ! : Eh oui, la photo sous l’eau, ça reste de la photo. Il va falloir réviser les principes de base (couple vitesse/ouverture).

Moi avec mon 7D dans son caisson Ikelite.

3. Faire des essais

Pour la technique photographique proprement dite : le mieux c’est de commencer à s’entraîner et à essayer différents réglages (vitesse, ouverture, exposition) sous l’eau.

• Photo de près : avec un compact, on se met en mode Macro (symbolisé par une petite fleur) et au début on s’entraîne sur des sujets “faciles”, c’est-à-dire qui ne bougent pas (étoiles de mer, nudibranches, coraux). Avec un reflex muni d’un objectif macro, même recommandation : on se fait la main sur des sujets quasi-immobiles.

• Pour des sujets plus lointains ou des photos d’ambiance, le résultat sera forcément moins bon avec l’optique originale d’un petit APN compact. Mais si la visibilité est bonne, quand on n’est pas trop loin de la surface et qu’il y a du soleil, on peut quand même réussir de belles images (dans ce cas, il ne faut pas utiliser le flash interne, car il va éclairer les particules en suspension dans l’eau, qui feront des points blancs sur l’image). Avec un flash externe pour éclairer un premier plan, en jouant sur la lumière naturelle et la lumière artificielle, le rendu sera forcément meilleur. Enfin, avec un reflex muni d’un objectif grand angle ou fisheye, on peut obtenir d’excellents résultats.

 : ! : Certains appareils compacts offrent un mode « sous-marin ». Je l’utilisais à mes débuts sur le mien, vraiment nul… Le mieux, si vous ne vous sentez pas trop à l’aise, est de sélectionner le mode Tv (vitesse prioritaire) et de le régler au minimum sur 1/60e ou 1/90e pour les photos « de loin » sans flash, pour être au moins sûr d’avoir des images qui ne soient pas floues.

Maîtriser sa flottabilité, c'est essentiel ! (Photo : © Phil North)

4. Compacts : ruser avec le flash intégré

Le flash intégré ne permet d’éclairer que des sujets d’assez près (je répète : pour les sujets lointains, il ne faut pas l’utiliser, les particules dans l’eau feront des points blancs sur l’image). Pensez à mettre un cache-diffuseur devant, la lumière sera mieux répartie.

• Toujours en Macro, donc, il est recommandé d’atténuer la puissance de ce flash intégré, si votre appareil compact offre cette fonction. (Il est souvent trop violent de près, surtout sur les sujets clairs ou blancs).

• Autre astuce : sélectionner une sous-exposition de -1 à -2 voire plus, ce qui permet de détacher de belle façon le sujet éclairé par le flash du fond bleu de l’eau (par exemple pour des nudibranches, ou des hippocampes, ou des branches de corail, car le fond prend alors une teinte sombre, du noir au bleu foncé).

 : ! : Évidemment, le mieux consiste à investir dans un flash externe. Là, on maîtrise la direction de la lumière, ce qui donne des résultats incomparables…

Poisson-clown et plongeur. Bornéo, Indonésie, juillet 2013.

5. Faire plusieurs images

Il ne faut ne pas hésiter à “shooter” une fois, deux fois, dix fois le même sujet pour avoir une bonne photo dans le tas, quitte à effacer les moins satisfaisantes ensuite…

• Attention : on est parfois trompé sous l’eau par le rendu de l’écran : on a l’impression que l’image est réussie, et on est très déçu en découvrant après, sur l’écran de l’ordi, qu’elle est floue par exemple.

• Ne pas hésiter à changer de point de vue, à multiplier les cadrages différents. Éviter de photographier le sujet d’en haut, mais toujours essayer de se mettre à la hauteur de l’œil du poisson, ou de la robe du nudi…

 : ! : Mieux vaut sélectionner la plus grande définition d’image possible (L comme « Large » ou S comme « Super-fin » selon les appareils). Après, sur l’ordi, ça permet des recadrages plus serrés sans trop de perte en définition. 

Hippocampe-pygmée Denise. Weda Bay, Halmahera, Indonésie. Mars 2013.

6. Compacts : batteries et humidité

Il faut faire gaffe aussi à toujours plonger avec des batteries bien chargées. Comme on utilise beaucoup le flash sous l’eau, les batteries des compacts peuvent se vider vite.

• Toujours bien inspecter le joint et le graisser comme il faut avec du gel de silicone pour l’étanchéité. Souvent, je prépare mon caisson la veille au soir, tranquillement. Ça évite les catastrophes dues aux préparatifs précipités au petit matin.

• Laisser l’appareil + caisson dans un bac d’eau si c’est possible, juste avant les plongées, pour qu’il se mette progressivement à la bonne température (ça évite la condensation qui fait « buée » sur l’objectif, très énervant).

• Pour les compacts, ne pas hésiter à glisser un ou deux petits sachets de Silicagel ou équivalent dans le caisson pour absorber l’humidité, toujours pour prévenir la condensation, favorisée par les batteries qui chauffent. Je n’ai plus eu ce problème avec mon reflex, la batterie du flash étant externe.

 : ! : Ça vaut le coup d’avoir des batteries supplémentaires en réserve sur le bateau. C’est toujours quand on est en rade de batterie qu’on fait des rencontres sous-marines fabuleuses… 

Tortue dans l'archipel de Derawan. Bornéo, Indonésie, juillet 2013.

Mots-clés

14 commentaires

  1. Alimata

    Conseil n°1 : Avoir un appareil photo qui fonctionne 😀
    Conseil n°2 : Avoir un caisson étanche pour l’emmener sous l’eau

    Répondre
  2. Corinne

    @Alimata: Heureusement que tu es là, avec ton légendaire sens pratique chevillé au caisson. Ça fait trop longtemps que je dois l’écrire, cette page, il était temps que quelqu’un la fasse vivre. Si tu as d’autres conseils, n’hésite pas, comme ça je n’aurai plus qu’à faire un copier-coller…
    😀
    Bon, ben moi je retourne m’entraîner dans ma baignoire. Je vais essayer de ne pas oublier de mettre l’appareil dans le caisson.
    😆

    Répondre
  3. LiseMet

    Au sujet des photos sous-marines, j’ai déjà un Olympus Mju avec caisson, mais je voudrais passer au Panasonic Lumix DMC TZ7 avec caisson… 💡 avec filtre orange, pour des photos moins bleues dans le bleu de l’Océan ???
    C’est vrai que pour les macros, le flash est parfois trop puissant, je vais suivre tes conseils. 😛

    Répondre
  4. Corinne

    @LiseMet: Oui, pour la macro, même sur de « petits » appareils, on peut généralement doser la force du flash ou jouer sur l’exposition.
    Sinon, je n’ai jamais testé le filtre orange. Il faudra que j’essaye, quand j’aurai investi dans du matos plus sérieux. Du coup, pour les quelques photos d’ambiance que je fais avec mon petit APN compact, photos forcément trop bleues, je les retravaille une fois rentrée à la maison, sur mon ordi, en rééquilibrant la balance des blancs, la luminance, le contraste, les couches de couleurs… Les vidéastes sous-marins utilisent souvent le filtre orange, ou refont leur balance des blancs sous l’eau.

    Répondre
  5. Flaqueux

    Je suis nouveau en reflex (passé du G10 à l’EOS 7D + 60mm), je photographie beaucoup dans un lagon d’1,5m de fond en moyenne, la plupart du temps très ensoleillé. Gros problèmes de contraste sur-ex/sous-ex en plus des arcs en ciel dus aux irisations, et trop souvent du flou avec des collimateurs pourtant correctement placés (vérification faite sur DPP). Quels seraient tes conseils, notamment pour ces conditions de luminosité aussi particulières?

    Répondre
  6. Corinne

    @Flaqueux: J’imagine que tu n’utilises pas de flash… Ce serait sans doute la solution, pour déboucher les ombres dans ce genre de situation très contrastée. Sinon, photographie en Raw, avec un peu de sous-ex pour éviter que les zones claires soient cramées, et comme ça tu peux retravailler ton fichier après et réquilibrer correctement les constrastes. Quant au « flou », c’est que la mise au point ne doit pas être faite correctement (pour ma part je fais la mise au point sur une portion très restreinte de collimateurs, au centre, pour que ça se fasse bien là où je l’ai décidé) ou alors que tu es en vitesse trop lente… (J’imagine que tu travailles en manuel, évidemment, pas en mode automatique.)
    Bonnes bulles !
    🙂

    Répondre
  7. Flaqueux

    Je ne photographie qu’en RAW et j’avais essayé le sous-ex, qui améliore effectivement un peu les choses. Pour la vitesse, je navigue entre 1/400 et 1/800. Par contre, j’ai utilisé ce matin systématiquement une visée centrale (que je gardais pour les sujets fixes ou lents), et ça va déjà beaucoup mieux. Merci pour tes conseils!

    Répondre
  8. Georges

    merci pour ses conseils je débute et je pense avoir appris des trucs maintenant à l’eau.
    cdlt 🙂

    Répondre
  9. Caroline

    Bonjour Corinne,

    Vos photos sont superbes ! On se régale de les regarder et de vous lire !!
    Je suis dans la même situation que vous en 2009 quand vous êtes passee au reflex. Et je demande quel(s) objectifs choisir, car je comprends l’objectif idéal qui ferait de la macro et de la photo d’ambiance (et du grand angle pendant qu’on y est ;)) n’existe pas ! D’autant qu’une optique fixe est souvent de meilleure qualité avec un meilleur rendu photo.

    Je vois que vous faites autant de la macro que de la « photo d’ambiance » : avez vous deux objectifs ? Avec ce dilemme avant de plonger de mettre un objectif macro en priant pour que les nubi soient bien au rdv, et non pas une belle manta pas prévue 😉

    Merci beaucoup d’avance de vos conseils !! Caroline

    Répondre
      • Caroline

        Merci beaucoup, Corinne !!!
        Je me sens toute bête de vous d’avoir regardé tout votre site et d’être passé à coté de cette page forte utile 😳

        Du coup vous plongez d’abord avec le Tokina, et si vous repérez des nubi, crevettes, hippocampes ou autres petites choses toutes mignonnes, vous faites une seconde plongée avec votre objectif macro ?

        J’avais repéré le Sony alpha 6000, c’est un hybride qui est soit disant très rapide avec une qualité de photo tendant vers le reflex, et qui est plus léger qu’un reflex – avantage comptant pas mal quand on est une femme. Au cas où (je tente) : auriez vous rencontré des personnes ayant cet appareil et faisant de la photo sous-marine ?

        Bien à vous, Caroline

    • Corinne Bourbeillon

      @Caroline : pas de souci… 😉 Non, je choisis l’objectif en fonction de mes envies et de ce qu’on me dit du site. Par exemple, en ce moment, je suis à Bali, à Tulamben. Je fais des plongées sur la fameuse épave du Liberty, où, ce qui m’intéresse, c’est l’ambiance : je prends donc le fisheye Tokina. Mais d’autres plongeurs y vont avec leur lentille macro, parce que l’épave regorge de tout un tas de petites bêtes fascinantes. Après le Liberty, ce matin, je m’apprête à repartir plonger, et nous allons au site Seraya Secret, sur fond sableux, qui n’a pas d’intérêt au fisheye, mais qui est passionnant pour la macro. Je viens de donc de changer mon objectif et de mettre mon 60mm macro Canon à la place du Tokina 10-17… Si on croise une tortue, eh bien, tant pis, je me contenterai de l’admirer avec mes yeux… 🙄

      Répondre
      • Caroline

        Un huge MERCIII, Corinne !!!
        J’espère que vous vous êtes régalée une nouvelle fois sur le Liberty – ce fut ma première plongée en dehors de France, un sentiment d’euphorie et de bien-être total m’avait alors envahie : des petits poissons et des couleurs flashy partout, je ne savais plus où donner de la tête, ou plutôt du masque…
        Belle continuation de voyage à Bali 🙂 et merci bcp de nous faire partager vos plongées !!! Caroline

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

20 Partages
Partagez12
Tweetez5
Enregistrer3
Partagez