Oui, je ne ressemble pas vraiment à une sirène avec tout mon bazar photographique sous l'eau ! (Philippines, mai 2018 - Photo par Steven Weinberg)
Oui, je ne ressemble pas vraiment à une sirène avec tout mon bazar photographique sous l'eau ! (Philippines, mai 2018 - Photo par Steven Weinberg)

Photo sous-marine : 6 conseils pour réussir ses images sous l’eau quand on débute

  Entre deux voyages

Voici quelques principes de base pour réussir des photos sous-marines, quand on est débutant. Six petits conseils simples, pour commencer à faire des images sympas sous l’eau…

Parce que la photo sous-marine, c’est plus difficile mais c’est bien plus beau que la photo sans eau… 😂 😉

Mon évolution, de l’appareil photo compact au reflex

Je me suis mise à la photo sous-marine en 2005. Mon tout premier appareil a été un boîtier jetable, avec une pellicule argentique dedans, le tout dans un caisson étanche en plastique transparent à fond jaune. On trouvait ça dans les boutiques à touristes…

Ça m’a tellement plu que j’ai acheté dans la foulée mon premier appareil photo numérique. Je me suis d’abord « fait » la main (et l’œil) avec un modeste compact, le petit Canon Powershot A95, de 2005 à 2009. J’ai énormément appris en photo sous-marine avec cet appareil « de base », bien suffisant quand on débute. Ces connaissances m’ont été très précieuses pour progresser ensuite avec mon « gros » appareil reflex (le Canon Eos 7D).

Au bout d’un moment, j’ai un peu fait le tour de ses possibilités du compact et cet appareil a fini par rendre l’âme… Du coup, je suis passée au reflex début 2010 (Canon Eos 7D, caisson Ikelite). Au fil des plongées et des années, avec l’expérience, mes images ont peu à peu progressé en qualité. Aujourd’hui encore, je continue de me perfectionner, d’essayer d’améliorer ma pratique… La photo sous-marine, c’est un apprentissage incessant!

Plongée à Weda Bay. (Moluques, Halmahera, Indonésie, mars 2013)

Lire aussi → Comment je me suis mise à la photo sous-marine en autodidacte

Je veux ici aller contre une idée reçue : bien des gens pensent qu’un appareil photo compact ne permet pas de réussir de belles images sous l’eau. C’EST FAUX ! Les petits appareils d’aujourd’hui, même ceux à prix abordable vers lesquels on se tourne de préférence quand on débute la photo sous-marine, sont des bijoux de technologie, capables d’images magnifiques, à condition de garder en tête quelques règles de base.

Car bien évidemment, ce n’est pas l’appareil qui fait la photo (qui la rate ou la réussit), mais la personne qui appuie sur le déclencheur… 😉

J’ai vu des gens réaliser des images splendides avec un équipement très simple. Et d’autres faire des photos pourries avec du matériel très sophistiqué et très coûteux…

Je récapitule donc ci-dessous quelques petits astuces et conseils auxquels il faut penser en photo sous-marine… avant, pendant et après la plongée !

1. Maîtriser (vraiment) sa flottabilité

Premier impératif, qui concerne plus la technique de plongée que la photo sous-marine : il faut être vraiment bien à l’aise avec sa flottabilité, notamment savoir faire le poumon-ballast sans même y penser.

  • En macro, notamment, il faut pouvoir se tenir près du sujet sans toucher à rien. Il est exclu de se « cogner » aux coraux ou aux rochers, au risque de se blesser et d’abîmer l’environnement.
  • Il faut aussi savoir évoluer près du fond sans soulever du sable… Apprenez à palmer comme une grenouille (le fameux frog kick). Sinon, bonjour les particules en suspension qui feront des taches blanches dans la lumière du flash!
  • Pour approcher les poissons, il faut éviter de les effrayer et de les faire fuir… On évite donc les mouvement brusques, on ne se précipite surtout pas vers son sujet, on palme lentement et on respire calmement.

Enfin, surtout, il est essentiel de ne jamais se mettre soi-même en danger quand on est accaparé par la photo à prendre. On fait gaffe à tous les trucs habituels (courant, profondeur, conso d’air, déco). Et puis on garde un œil sur son binôme et sa palanquée pour ne pas les perdre (et on les aura prévenus avant la plongée qu’on risque de « traîner » un peu à cause des photos).

Oui, je ne ressemble pas vraiment à une sirène avec tout mon bazar photographique sous l'eau ! (Philippines, mai 2018 - Photo par Steven Weinberg)
Oui, je ne ressemble pas vraiment à une sirène avec tout mon bazar photographique sous l’eau ! (Philippines, mai 2018 – Photo par Steven Weinberg)

2. Bien connaître son appareil photo

Ça paraît tout bête, mais avant de se mettre à l’eau avec son appareil photo à l’intérieur d’un caisson étanche, mieux vaut bien connaître, à fond, tous les boutons, réglages et fonctions dudit appareil.

  • Le mieux, c’est de s’entraîner, au sec, à le manipuler dans son caisson pour retrouver facilement les boutons dont on a besoin.
  • Mieux vaut privilégier un modèle d’appareil offrant le mode Manuel (M), avec un caisson bien conçu, permettant l’accès à tous les réglages. Il faut pouvoir régler soi-même la vitesse (ou temps de pose), l’ouverture et la sensibilité (ISO), pour maîtriser ce qu’on fait sous l’eau.

Eh oui, la photo sous l’eau, ça reste de la photo ! Photographier, ça veut dire « écrire ou peindre avec la lumière ». Il va donc falloir apprendre ou réviser les principes de base pour travailler la lumière, c’est-à-dire comprendre comment combiner les trois paramètres vitesse / ouverture / sensibilité

Moi avec mon 7D dans son caisson Ikelite, configuration macro (avec un seul flash à l'époque).
Moi avec mon 7D dans son caisson Ikelite, configuration macro (avec un seul flash à l’époque).

3. Faire des essais en conditions réelles

Pour la technique photographique proprement dite : le mieux c’est de commencer à s’entraîner et à essayer différents réglages sous l’eau, jusqu’à trouver ceux qui fonctionnent, et d’apprendre à ajuster les trois paramètres (sensibilité, vitesse, ouverture) en fonction des conditions…

Expérimentez, prenez cela comme un jeu, amusez-vous ! Comprenez qu’il n’y a pas un seul et unique réglage qui fonctionnerait dans toutes les situations, cela n’existe pas…

  • Photo de près (macro) : au début on s’entraîne sur des sujets « faciles », c’est-à-dire pas trop petits et qui ne bougent pas (étoiles de mer, nudibranches, coraux). C’est plus facile de se faire la main sur des sujets quasi-immobiles. Il faut mettre le flash, dont la lumière blanche fera jaillir les couleurs, et apprendre à ajuster la dose de lumière qu’on envoie sur son sujet.
  • Photo de loin (grand angle) : pour des sujets plus lointains ou des photos d’ambiance, il faut jouer avec la lumière naturelle du venue de la surface. On tient compte de la position du soleil, on réfléchit à l’image qu’on veut faire avant de déclencher, à pense à la composition…
  • Les flashs en photo d’ambiance : si on n’a qu’un flash interne sur un compact, il faut le désactiver, car il va éclairer les particules en suspension dans l’eau, qui feront alors comme de la neige sur l’image ! Si on a un ou plusieurs flash externes, on peut s’en servir pour éclairer un premier plan, sinon on les désactive aussi : rappelez-vous que leur lumière ne va pas au-delà d’un ou deux mètres.
  • Et le mode « sous-marin » ? Certains appareils compacts proposent ce mode, reconnaissable à un petit logo de poisson… Tous ne se valent pas. Testez pour voir le résultat. Mais c’est parfois franchement nul. Évitez-le si vous n’obtenez aucune image potable avec.

Pourquoi ça vaut le coup de basculer en mode manuel ? Cela permet de garder le contrôle sur les trois paramètres indispensables en photo sous-marine (et terrestre) : sensibilité (ISO), vitesse (Tv), ouverture (Av). Ce sont trois façons d’agir sur la dose de lumière qu’on laisse entrer dans la « chambre noire » de l’appareil.
En mode manuel (contrairement aux modes automatiques ou semi-automatiques), ce n’est donc pas l’appareil mais le photographe qui décide comment ajuster l’un de ces paramètres ou comment combiner les trois. Sous l’eau, l’appareil peut être « trompé » par les conditions très particulières des ambiances sous-marines et choisir des réglages aberrants, alors que l’être humain apprendra avec l’expérience à choisir ce qui convient.

Comment apprivoiser le mode manuel sous l’eau ? Commencez par fixer la sensibilité (ISO) à partir de 100-250 (pour des conditions très lumineuses) jusqu’à 400-800 (conditions plus sombres). Puis fixez la vitesse (Tv) c’est-à-dire le temps de pose : ne descendez pas à une vitesse plus basse que 1/60e ou 1/90e pour éviter les flous de bougé. Ensuite, au fil des photos, vous ajusterez l’ouverture (Av), c’est-à-dire que vous ouvrez ou fermez l’objectif, en fonction des situations, jusqu’à obtenir une image correctement exposée. Rien n’interdit de combiner ces paramètres dans un autre ordre, en fonction de vos priorités ou des conditions.

La photo sous-marine, je le répète, ça reste de la photo… 😉 Donc si les notions de « sensibilité, vitesse, ouverture » ne vous parlent pas vraiment, commencez par vous former et apprendre ces principes de base, en suivant un cours de photographie, par exemple, même terrestre. Quand on comprend comment fonctionne un appareil, ça devient tout de suite beaucoup plus simple…

Maîtriser sa flottabilité, c'est essentiel ! (Photo : © Phil North)
Une photo de moi, prise par mon binôme avec son compact et son flash externe, qui illumine les coraux mous rose au premier plan, en forme de cœur. (Photo : Phil North)

4. Doser la lumière artificielle

L’eau absorbe progressivement les couleurs. Plus on va profond, plus tout devient bleu… Pour avoir de la couleur en photo sous-marine, il faut donc apporter de la lumière blanche sur son sujet, avec un flash.

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Le rouge disparaît dès 5 m, suivi de l’orange entre 10 et 15 m, puis du jaune entre 25 et 30 m… En-dessous tout est bleuâtre, verdâtre. Même sans faire de photo, c’est toujours sympa d’avoir sur soi une lampe pour découvrir les vraies couleurs des coraux et des poissons. On est souvent surpris de voir une touffe brunâtre ou verdâtre sur le récif se transformer en bosquet rouge vif ! (Source de l’image : Wikimédia Commons / Thomei08 / CC BY-SA 3.0)
Poisson-clown et plongeur. Bornéo, Indonésie, juillet 2013.
Un coup de flash sur l’anémone au premier plan en restitue les couleurs chaudes. Au-delà de la zone illuminée par la lumière artificielle du flash, tout est bleu…

Bon à savoir : une lampe ou un phare ne peut pas vraiment remplacer un flash en photo. Même si on peut réussir des images intéressantes, c’est beaucoup plus difficile d’obtenir un résultat satisfaisant et il faut alors vraiment prendre le temps de jouer avec les réglages de son appareil.

Il faut aussi retenir que les flashs, intégrés ou externes, ne permettent d’éclairer que des sujets proches (distants d’un à deux mètres). Je répète donc ce que je disais plus haut : pour les sujets lointains, il ne faut pas les utiliser, les particules dans l’eau feront des points blancs sur l’image…

  • Pensez à mettre un diffuseur devant le ou les flashs, la lumière sera mieux répartie.
  • Apprenez à jauger la bonne distance pour vos prises de vue, en vous éloignant ou vous rapprochant du sujet, pour éviter d’avoir un photo « cramée » ou trop sombre.
  • Ajustez la dose de lumière que vous envoyez sur votre sujet : selon ce que permet votre équipement, vous pouvez régler la puissance des flashs, faire varier le temps d’exposition et/ou l’ouverture.

Essayez de faire en sorte que votre sujet se détache sur le fond bleu de l’eau, plutôt que de le prendre avec le fond ou un tombant en arrière-plan. Cela permet de désencombrer l’image et de bien mettre en valeurs nudibranches, hippocampes ou branches de corail, par exemple. En jouant sur le temps d’exposition et/ou l’ouverture, on peut faire en sorte que ce fond prenne une teinte sombre, du noir au bleu foncé.

5. Faire plusieurs images du même sujet

Il ne faut ne pas hésiter à « shooter » une fois, deux fois, dix fois le même sujet pour avoir une bonne photo dans le tas, quitte à effacer les moins satisfaisantes ensuite, après avoir compris pourquoi elles sont ratées… On apprend de ses erreurs.

  • Attention, on est parfois trompé sous l’eau par le rendu de l’écran numérique : on a l’impression que l’image est réussie, et on est très déçu en découvrant après, sur l’écran plus grand de l’ordi, qu’elle est floue par exemple.
  • Ne pas hésiter à changer de point de vue, à multiplier les cadrages différents. Éviter de photographier le sujet d’en haut, mais toujours essayer de se mettre à la hauteur de l’œil du poisson, ou de la robe du nudi

Pensez à sélectionner la plus grande définition d’image possible : L comme « Large » ou S comme « Super-fin », selon les appareils… Après, sur l’ordinateur, ça permet des recadrages plus serrés sans trop de perte en définition. 

Un adorable hippocampe pygmée Bargibanti.. (Sali Kecil, Halmahera, Indonésie, juillet 2018)
Un adorable hippocampe pygmée Bargibanti.. (Sali Kecil, Halmahera, Indonésie, juillet 2018)

6. Spécial appareils compacts : attention aux batteries et à l’humidité

Il faut faire gaffe aussi à toujours plonger avec des batteries bien chargées. Comme on utilise beaucoup le flash sous l’eau, les batteries des appareils compacts peuvent se vider vite.

  • Toujours bien inspecter le joint et le graisser légèrement avec du gel de silicone pour le garder en bon état. Souvent, je prépare mon caisson la veille au soir, tranquillement. Ça évite les catastrophes dues aux préparatifs précipités au petit matin.
  • Si possible, laisser l’appareil + caisson dans un bac d’eau juste avant les plongées, pour qu’il se mette progressivement à la bonne température (ça évite la condensation qui fait « buée » sur l’objectif, très énervant). Ne surtout jamais le laisser en plein soleil !
  • Pour les compacts, ne pas hésiter à glisser un ou deux petits sachets de Silicagel ou équivalent dans le caisson pour absorber l’humidité, toujours pour prévenir la condensation, favorisée par les batteries qui chauffent. Je n’ai plus eu ce problème avec mon reflex, les batteries des flashs étant externes.

Ça vaut le coup d’avoir des batteries supplémentaires en réserve sur le bateau. C’est toujours quand on est en rade de batterie qu’on fait des rencontres sous-marines fabuleuses… 

Tortue dans l'archipel de Derawan. Bornéo, Indonésie, juillet 2013.

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