Grand hôtel 5 étoiles à Punta Cana. (République Dominicaine, janvier 2009)
Grand hôtel 5 étoiles à Punta Cana. (République Dominicaine, janvier 2009)

Les joies et les affres du « todo incluido »

  République dominicaine - janvier 2009

Avant ce voyage de presse en République dominicaine, je n’avais encore jamais testé les formules dites « todo incluido » ou « all inclusive » ou « tout compris ». Je n’avais jamais non plus logé dans un grand hôtel standardisé aux normes occidentales sur une plage tropicale… Maintenant, je connais, et ce genre de truc, même bardé d’étoiles, ça n’est pas pour moi.

Hôtels étoilés

Grand hôtel 5 étoiles à Punta Cana. (République Dominicaine, janvier 2009)
Grand hôtel 5 étoiles à Punta Cana. (République Dominicaine, janvier 2009)

Quand je dis « ça n’est pas pour moi », je veux dire par là pour mes « vrais » voyages. Ceux que je fais normalement pendant mes vacances, sur mes économies, avec mon bon vieux sac et en toute indépendance…

Attention, hein, je ne me plains pas d’avoir été invitée dans des hôtels étoilés aux Caraïbes ! Ce serait carrément indécent…

Non, c’est juste que c’est la première fois que je découvre, très concrètement, l’industrie du tourisme dans toute sa « splendeur ». Que je profite d’un séjour qui ne ressemble pas à ceux que je me concocte d’ordinaire.

Ça fait un choc, forcément… 😱

1. Le bracelet

D’abord, il y a le coup du bracelet. On vous l’ajuste autour du poignet au check-in.

Ce précieux sésame donne toute liberté à l’intérieur de la cage dorée et permet de bénéficier des repas et boissons à volonté. Le rêve ? Pas forcément.

Entre les buffets « continentaux » et les restos italiens, difficile de manger « local » dans ces hôtels. Ce n’est qu’en toute fin de séjour que j’ai réussi à déguster la langouste dont je rêvais…

Eh oui, j’ai mis quatre bracelets en une semaine ! On a changé d’hôtel tous les deux jours… Ma préférence va au style Barbie en plastique rose fluo, très flatteur sur le hâle de fin de séjour, et au look ethnique avec ficelle et médaillon de bois.

😂

Mais à dire vrai, je me serais bien passée de ce genre d’ornement. Je n’aime pas être badgée, fichée, et encore moins pendant un temps dédié en principe à la détente, à l’insouciance, à l’oubli, loin des carcans habituels…

2. Le casque colonial

Quand un coup de ciseau m’a enfin délivrée dudit bracelet, à l’heure du check-out, dans le hall d’un de ces grands hôtels, je n’ai pas pu m’empêcher de hurler : « I’m free ! ! ! Liberada ! ! ! » Ce qui a bien fait rire les porteurs affublés de l’inévitable casque colonial.

D’ailleurs, ce fichu casque colonial est-il bien nécessaire ? Il faut croire que oui, ça doit être un truc qui plaît aux clients, un genre de fantasme exotique. Dans tous les resorts où nous sommes passés, les gars chargés des bagages en portaient un…

Les porteurs d'un grand hôtel prennent la pose pour moi, tout sourire, dans leur uniforme colonial. (République Dominicaine, janvier 2009)
Les porteurs d’un grand hôtel prennent la pose pour moi, tout sourire, dans leur uniforme colonial. (République Dominicaine, janvier 2009)

Bon. Le bracelet, le casque, passe encore… Mais il n’y a pas que ça.

3. D’immenses resorts… bien trop grands !

En fait, ce que je n’aime pas du tout dans tous ces resorts (complexes hôteliers) immenses, c’est qu’on met un temps fou pour aller de sa chambre à la réception, de la réception au bar, du bar à la plage, de la plage au resto.

On vous donne même un plan, au moment du check-in, pour vous aider à vous repérer, tellement c’est grand.

Grand hôtel 4 étoiles, à Bayahibe. (République Dominicaine, janvier 2009)
Grand hôtel 4 étoiles, à Bayahibe. (République Dominicaine, janvier 2009)
Grand hôtel 5 étoiles à Punta Cana. (République Dominicaine, janvier 2009)
Grand hôtel 5 étoiles à Punta Cana. (République Dominicaine, janvier 2009)

À chaque nouvel hôtel, je me suis perdue. Forcément, il y a des centaines et des centaines de chambres réparties dans différents bâtiments, plusieurs restos et bars, des salles de conférence et de spectacle, jusqu’à trois-quatre piscines, voire deux réceptions, des boutiques, sans oublier les éventuels spa, casino, lounge, discothèque, etc.

Bref, mieux vaut ne pas oublier un truc dans sa chambre. On met au moins dix minutes pour retrouver le chemin, plus dix autres minutes à revenir sur ses pas. Et cinq bonnes minutes supplémentaires, si on s’est planté de réception ou de resto, par rapport au rendez-vous fixé.

L’une des journalistes de notre groupe avait un podomètre. Il faudrait que je lui demande si elle a pris le temps de calculer combien de kilomètres elle a fait en une journée, sans même bouger de l’hôtel.

Bon, OK, c’est trop grand. Passe encore…

4. Décor artificiel

L’autre truc, c’est que ça manque d’authenticité, forcément. Tout est artificiel, construit pour répondre au goût occidental.

Il y a un côté Disneyland très amerloque, avec les restos à thème (italien, asiatique, romantique avec des cœurs rouges partout), le décor « de rêve » aménagé, les activités et animations organisées sur la plage. Sans oublier, cela va de soi, l’indispensable télévision dans la chambre, pourvue de tout le confort.

Il y a même encore plus « romantique et exotique » pour les amoureux : le mariage on the beach

Tout est prêt pour les jeunes mariés qui ont choisi de se dire oui sur une plage caribéenne. (République Dominicaine, janvier 2009)
Tout est prêt pour les jeunes mariés qui ont choisi de se dire oui sur une plage caribéenne. (République Dominicaine, janvier 2009)

Tous ces resorts sont légion en République dominicaine. Ils ont des allures de petites résidences sécurisées, enclavées en bord de plage. L’atmosphère est assez factice.

Autour, dans le champ de vision des porteurs de bracelets, l’environnement est lui aussi soigné. Plage de sable blanc avec garde en uniforme, piscines bien bleues bien désinfectées, somptueux jardins à la végétation exubérante, parfois dotés d’un bassin à flamands roses.

Bassin à flamands roses, dans un grand hôtel. (République dominicaine, janvier 2009)
Bassin à flamands roses, dans un grand hôtel. (République dominicaine, janvier 2009)
Élagage des branches et noix de coco. (République Dominicaine, janvier 2009)
Élagage des branches et noix de coco. (République Dominicaine, janvier 2009)
Tous les matins, la plage est nettoyée de ses débris végétaux et autres déchets déposés par la marée. (République Dominicaine, janvier 2009)
Tous les matins, la plage est nettoyée de ses débris végétaux et autres déchets déposés par la marée. (République Dominicaine, janvier 2009)

Tous les matins, des employés grimpent aux arbres élaguer branches et noix de coco qui pourraient blesser quelqu’un dans leur chute. D’autres alignent des sacs sur le sable, dans lesquels ils ramassent les débris végétaux et autres déchets déposés par la marée, afin de livrer une plage nette, immaculée, aux clients.

Bon, OK, les cocotiers et la plage sont domestiqués. Passe encore…

5. Des enclaves touristiques coupées de la vie locale

Mais le plus embêtant, à mes yeux, c’est que dans ce type d’établissement, on reste entre soi. On n’a pas de contact avec les gens du coin, en dehors du personnel. Bref, on ne fréquente que d’autres Occidentaux en mal de soleil et de mer azur.

Bien sûr, j’en fais partie. Et j’ai savouré sans bouder le bonheur de m’allonger là, sur une de ces superbes plages, face aux flots de la Caraïbe ou de l’Atlantique… J’aurais bien mauvaise grâce de prétendre que je n’ai pas apprécié. Bien au contraire ! ! !

Plage d'un grand hôtel, sur la péninsule de Samana, près de Las Terrenas. (République Dominicaine, janvier 2009)
Plage d’un grand hôtel, sur la péninsule de Samana, près de Las Terrenas. (République Dominicaine, janvier 2009)

Mais, comment dire… Question soleil et exotisme tropical, je suis un peu une enfant gâtée. Tout ça, grâce à ma formule préférée : vol sec + sac à dos ou à roulettes, bien loin du « tout inclus ».

J’ai arpenté des tas de plages quasi désertes en Asie et je ne passe pas une année sans voir de cocotiers. Pendant mes vacances, je réussis souvent à dénicher des bungalows modestes, mais peinards, avec « sea view » et quasi personne autour. Jetez un œil à Islander Paradise sur l’île de Siquijor aux Philippines, ou à Island Retreat sur les îles Togian à Sulawesi.

Alors, forcément, je goûte de façon très relative le charme d’une plage pleine de transats et de gens rouges luisants de crème solaire, où on n’entend même plus le ressac à cause de la sono bruyante d’un cours d’aquagym ou du vrombissement d’un hors-bord à parachute ascensionnel…

Plage d'un grand hôtel à Punta Cana... Pas le genre de plage "de rêve" selon mes critères. (République Dominicaine, janvier 2009)
Plage d’un grand hôtel à Punta Cana… Pas le genre de plage « de rêve » selon mes critères. (République Dominicaine, janvier 2009)

6. Je veux du wifi ! ! !

Pour poursuivre sur le mode Schtroumphf grogon et enfant gâtée, mon pire cauchemar dans tous ces somptueux hôtels, ça a été l’internet. Malgré le prétendu luxe de façade, un seul sur les quatre offrait le wifi en libre-service dans le hall. Pour les autres, j’ai galéré entre code de connexion à acheter à un prix exorbitant, ordinateurs configurés avec un impossible navigateur maison, connexion éthernet obligatoire alors que j’avais oublié mon câble…

😖

Et comme tous ces hôtels sont souvent excentrés, qu’on est censé trouver tout ce dont on a besoin sans avoir besoin de sortir, difficile de s’échapper pour faire une virée dans le bled voisin afin d’y dénicher un centre internet…

Oui. J’ai vécu de durs moments, n’est-ce pas ?

😂

Bon allez. Je cesse de faire du mauvais esprit. J’avoue, j’ai passé une semaine formidable. Maintenant que je suis de retour dans la grisaille hivernale bretonne, je m’en rends bien compte…

Alors, choisir le « tout inclus » ou pas ?

Bref, les affres et les joies du « todo incluido » seront vécues différemment selon les tempéraments, selon ce que l’on attend de ses vacances…

La formule conviendra bien à ceux qui ont juste besoin d’un break au soleil, sans avoir à se soucier de rien, et qui n’aspirent à rien d’autre. Confort et farniente !

Quant à ceux qui apprécient l’indépendance, comme moi, et qui souhaitent aller davantage à la rencontre du pays et de ses habitants, ils auront tout intérêt à s’organiser par eux-mêmes, en privilégiant les petites pensions et hôtels familiaux.

Enfin, pour continuer dans la même veine, je vous invite à (re)lire mon interview avec le sociologue Rodolphe Christin : Le tourisme a-t-il tué l’esprit du voyage ?

😎

  République dominicaine - janvier 2009

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