Les bébés tortues courent vers la mer... (Berawan, Bornéo, Indonésie, juillet 2009).
Les bébés tortues courent vers la mer... (Berawan, Bornéo, Indonésie, juillet 2009).

Édité le

Le jour, les tortues de l’île de Derawan viennent nager sous les pontons. La nuit, elle déposent leurs œufs dans le sable encore tiède.

Un petit village paisible

À Derawan, petit île de la côte orientale de Bornéo, en Indonésie, la vie est simple et rustique, tournée vers la mer.

Le village, avec ses maisons de bois sur pilotis, doit compter moins de deux milles âmes. On fait le tour de l’île à pied sans se presser en moins d’une heure.

J’ai passé là une dizaine de jours bien paisibles…

Le village sur pilotis à Derawan. (Bornéo, Indonésie, juillet 2009).
Le village sur pilotis à Derawan. (Bornéo, Indonésie, juillet 2009).
Plage à Derawan. (Bornéo, Indonésie, juillet 2009).
Plage à Derawan. (Bornéo, Indonésie, juillet 2009).

Pouponnière à tortues

Derawan, c’est l’île aux tortues ! Un petit centre WWF, situé au losmen Danakan, où je logeais, veille à leur conservation.

À Derawan, les tortues viennent nager sous les pontons. (Bornéo, Indonésie, juillet 2009).
À Derawan, les tortues viennent nager sous les pontons. (Bornéo, Indonésie, juillet 2009).

Le centre WWF à Derawan. (Bornéo, Indonésie, juillet 2009).Le soir, on voit partir les jeunes gens qui travaillent pour le centre, avec une longue tige de métal pour fouiller le sable et une lampe-torche.

Chaque nuit, ils arpentent la plage afin de récolter les œufs de tortues.

Quand ils en trouvent, ils les remettent à couver, à l’abri, dans un petit incubateur installé à proximité du Derawan Dive Resort.

Quelques semaines plus tard, quand les œufs éclosent, ils relâchent les bébés tortues à la nuit tombée.

J’ai eu la chance d’assister à l’événement, en compagnie de Paul et Becky, mes amis anglais, et de Margot, une autre Française qui logeait avec nous au losmen Danakan. Un des jeunes gars du WWF Center nous avait donné rendez-vous, disant qu’ils relâcheraient les petites tortues à 9h du soir.

Une fois n’est pas coutume en Indonésie : pour le lâcher de tortues, l’heure c’est l’heure… Et nous sommes arrivés juste à temps sur la plage pour voir les minuscules créatures s’élancer avec intrépidité vers les flots.

Les bébés tortues sont relâchés à la nuit tombée sur la plage de Derawan. (Bornéo, Indonésie, juillet 2009).
Les bébés tortues sont relâchés à la nuit tombée sur la plage de Derawan. (Bornéo, Indonésie, juillet 2009).
Les bébés tortues courent vers la mer... (Berawan, Bornéo, Indonésie, juillet 2009).
Les bébés tortues courent vers la mer… (Berawan, Bornéo, Indonésie, juillet 2009).

Spectacle émouvant, que de voir trottiner vaille que vaille, dans la pénombre, ces dizaines de bébés tortues vers les vagues.

Il faut éteindre les lampes, limiter les photos à cause des flashes… Ça perturbe les petites bêtes, qui se mettent alors à grimper sur vos pieds nus, aimantées par la lumière. Surtout, ne pas bouger, pour ne pas risquer de les écraser !

La mer immense et obscure les happe bientôt. À peine 1 % survivront. Elles ne manquent pas de prédateurs. À cet âge, ce sont des proies faciles et fragiles.

Petite tortue deviendra grande, pourvu que Dieu lui prête vie…

Derawan, l’île aux tortues

À Derawan, soir et matin, quand je prends le frais sur la terrasse de ma chambre sur pilotis, j’entends le souffle des tortues qui viennent respirer à la surface.

Tortue à Derawan. (Bornéo, Indonésie, juillet 2009).

Chaque jour, on peut nager avec elles, les observer rien qu’avec un masque et un tuba. Les tortues de Derawan ne sont guère farouches.

À Derawan, une feuille de bananier attire les tortues à coup sûr... (Bornéo, Indonésie, juillet 2009.)

Il est vrai qu’on les bichonne, ici.

Au losmen Danakan, dès que de nouveaux touristes emménagent, Harris, qui gère la guesthouse avec la gentille dame qui se fait appeler Mama Rina, accroche au bout d’une ficelle une feuille de bananier pour attirer les tortues.

Manifestement, elles en raffolent, car ça marche à tous les coups ! Une, voire deux tortues ne tardent pas à approcher et se mettent à brouter sans vergogne la feuille.

Sur le ponton, les nouveaux arrivants, petits et grands, s’extasient.

Au bout de quelques jours, on s’habitue. Mais si l’étonnement s’émousse, l’émerveillement reste.

La feuille de bananier attire les tortues à coup sûr... (Derawan, Bornéo, Indonésie, 2009)
La feuille de bananier attire les tortues à coup sûr… (Derawan, Bornéo, Indonésie, 2009)
Tortues à Derawan. (Bornéo, Indonésie, juillet 2009.)
Miam, miam… (Derawan, Bornéo, Indonésie, 2009)

J’ai fait quelques plongées sur le récif de Derawan, tout près des pontons.

Visi pas terrible, ambiance « muck-dive » (avec des tas de nudibranches et petites créatures sympathiques à flashouiller). Mais, chaque fois, là aussi, on est quasi certain de croiser une ou plusieurs tortues… Je posterai un petit film sous-marin prochainement.

Des tortues menacées

L’abondance des tortues à Derawan ferait presque oublier qu’elles sont menacées.

C’est la deuxième fois que je suis témoin, en Indonésie, d’initiatives pour les protéger (rappelez-vous la pouponnière à tortues de Pemuteran, à Bali). Des gouttes d’eau dans l’océan, malheureusement…

La loi indonésienne interdit la pêche des tortues, que ce soit pour leur viande ou l’écaille de leur carapace. Mais la pêche illégale continue. D’ailleurs, à Derawan même, on trouve des boutiques et des marchandes ambulantes qui vous proposent des babioles diverses en écaille de tortues.

😡

Je vous invite à visionner ce petit film du WWF ci-dessous (en anglais). Il fait le point sur les menaces pesant sur tortues dans le Triangle de Corail, qui recouvre les mers de la zone Indo-Pacifique chères à mon cœur.

Même si vous ne comprenez pas l’anglais, les superbes images sous-marines se suffisent à elles-mêmes. Vous pourrez aussi y voir la scène que je décris plus haut, quand les bébés tortues s’élancent vers la mer… Les initiatives menées dans la région de Berau (zone dont fait partie Derawan) sont d’ailleurs citées en exemple.

🙂

Quelques liens

→ Wikipédia : Tortue marine (en français)

→ WWF : Les tortues marines menacées (en français)

→ WWF : Protecting marine turtles in the Indo-Pacific (en anglais)

→ Cheniophilie.com (en français)

→ Passion-tortue.com (en français)

→ Blog de Marjolinj Christianen (en anglais) [Rappelez-vous, c’est la jeune Hollandaise que j’ai rencontrée à Derawan, qui étudie les algues et les tortues pour son doctorat… Nous sommes devenues « sœurs dans la douleur »: quelques jours après moi, elle aussi s’est fait piquer par une raie pastenague (stingray) planquée dans le sable.]

  Bornéo [Malaisie+Indonésie] - juil 2009

  1. J’espère franchement que les bijoux sont en toc et non pas comme elles le prétendent en écailles de tortues ?….
    Lors de mon 1er séjour à Mayotte en 2005, j’avais assisté à l’éclosion des oeufs de tortues et les bébés se dirigeaient instinctivement vers la mer, moment magique ! Combien survivront aux oiseaux, aux prédateurs marins et aux humains, trop peu….
    Ma mère et des amis randonneurs ont sauvé in extremis une tortue venue pondre sur une plage déserte. Elle s’était coincée dans les racines d’un arbre, sa carapace était déformée, elle a regagné difficilement la mer après qu’ils l’aient dégagé…et ça pèse lourd une tortue verte adulte !
    J’ai revu les photos récemment et c’est très émouvant car sans leur passage sur cette plage elle serait morte après avoir donné la vie.
    Moi je me prépare pour mes 3 semaines aux Antilles, au moins une semaine à La Dominique pour y voir les hippocampes, antennaires et bulles sous marine échappées d’activités volcaniques sous marines.
    A Paris non plus il ne fait pas très beau aujourd’hui alors il fait se changer les idées.

  2. @LiseMet: Hum… je me demande toujours si c’était de la vraie écaille ou pas. Ça y ressemblait bien, en tout cas. Pour ma part, c’était la première fois que j’assistais à ce grand départ des bébés tortues pour le vaste océan. Très émouvant.
    Hippocampes, antennaires et bulles venues des profondeurs? Programme bien alléchant… Bonnes vacances en Dominique!
    🙄

  3. Ah les bungalows sur pilotis de Derawan !… J’ai aimé, mais il faut s’habituer au clapotis des vagues contre les pilotis. Par mer calme c’est un bonheur, par mer agitée c’est moins confortable…
    😉

    A l’heure de dîner j’ai vu les tortues également, et quelques raies. Pourtant, même si elles ont l’air d’être là spontanément je n’aime pas trop le côté « aquarium ». Sans savoir pourquoi véritablement ! C’est agréable et gracieux à admirer, mais je crois que je préfère en croiser spontanément sous l’eau, au hasard des explorations sous-marines.

    Mais Derawan vaut le détour, c’est certain. Surtout si on a besoin de décompresser beaucoup!
    🙄 🙄

  4. @Un Monde Ailleurs: Moi aussi, je préfère quand elles paraissent spontanément, les tortues, sans qu’il soit besoin de les appâter avec des feuilles de bananiers. Mais ce qui est plaisant à Derawan, c’est qu’elles viennent très souvent à nager sous les pontons spontanément. Tôt le matin, quand tout est calme, on les entend même respirer… On est loin de tout, à Derawan. Vraiment idéal pour un vrai « break ».
    😉

  5. @Marie-Julie: J’ai enfin trouvé la bidouille à faire dans le code pour insérer une petite image de façon automatique en fonction d’un tag donné. Je teste… Ravie que ça te plaise.
    😉

  6. Bonjour Corinne,

    Je débarque sur ton blog et je dévore tes articles depuis quelques heures ! Merci de partager tes mots et tes images, ça fait du bien.

    J’ai aussi croisé ce genre d’initiatives pour les tortues sur Gili Meno près de Lombok. Des gouttes d’eau dans l’océan, comme tu dis, mais ça fait plaisir de voir que certains ont cette conscience, et que chaque jour, à leur échelle, ils participent à la sauvegarde des tortues de mer.

  7. @Marion: Bienvenue sur Petites Bulles d’Ailleurs, et je suis bien contente que tu t’y plaises!
    Je me souviens avoir rencontré beaucoup de tortues en plongée, voire simple snorkeling, aux îles Gili près de Lombok, il y a quelques d’années. Je suis persuadée que toutes ces modestes initiatives contribuent, au moins localement, au maintien de la population des tortues, ainsi qu’à la sensibilisation des gens du coin.
    🙂

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