Jardiniers du récif et pouponnière à tortues

Je suis depuis mardi à Pemuteran, petit village de l’ouest de Bali. Il n’y a pas grand-chose ici, hormis le village des pêcheurs, une poignée d’hôtels de luxe, deux-trois guesthouses familiales à petit prix, et des centres de plongée. Le tout est coincé entre une route, bruyante, et une anse de sable noir, superbe.

Un village de pêcheurs paisible et authentique

On a une belle vue panoramique de la baie en grimpant jusqu’au petit temple situé au sommet d’une colline, juste à l’ouest de la zone des hôtels. Une chouette balade très facile, à faire à pied, avant le crépuscule, quand la lumière du soleil devient douce, et donne un éclat doré aux montagnes qui dominent la baie.

Après il suffit de redescendre les marches menant au temple, et de poursuivre par le chemin en dur, vers la mer, pour rentrer par la plage.

L’atmosphère tranquille et authentique de Pemuteran tranche avec la frénésie touristique de tant d’autres coins plus fréquentés de Bali. Et les gens d’ici sont super accueillants.

Le soir, à marée basse, les villageois ramassent des coquillages, les pieds dans l’eau, entre les amas de corail mort sur la grève. Les enfants me montrent fièrement leurs prises du jour, avec de grands sourires radieux.

Tous mobilisés pour protéger le récif

À Pemuteran, toutes les activités tournent autour de la protection du récif coralien. Depuis les années 1990, plusieurs initiatives écologiques ont été lancées, avec succès, pour sensibiliser les villageois et les touristes à la fragilité de l’écosystème maritime.

Comme dans beaucoup d’autres endroits, le corail a ici souffert du réchauffement de l’eau causé par El Niño et des pratiques (qui n’ont plus cours dans le coin) de la pêche au cyanure et à la dynamite.

Le centre de plongée Reef Seen, dirigé par Chris Brown, un Australien installé ici depuis 17 ans, a démarré en 1992 le Turtle Hatchery Project (ou Proyek Penyu, en indonésien) : une pouponnière à tortues. Elle est située juste à côté des bungalows où logent les plongeurs.

Les œufs de tortues sont rachetés aux pêcheurs qui les trouvent, puis enfouis au chaud sous le sable pendant 45 à 60 jours, jusqu’à leur éclosion. Les bébés tortues restent ensuite dans les bassins attenants 2-3 mois. On attend qu’ils soient assez grands pour les relâcher vers le large, avec de meilleures chances de survie.

Deux tortues adultes, Boomer et Billy, vivent aussi là, dans des bassins. Le centre a bien tenté de les remettre dans leur milieu naturel, mais elles sont chaques fois revenues !

Insolite : un temple sous l’eau

Juste à côté de Reef Seen, il y a aussi les Jardiniers du récif, les Reef Gardeners of Pemuteran : une équipe de jeunes Balinais, qui ont été formés à la plongée et sensibilisés à la protection du récif.

Ils récoltent les crowns of thorn ou acanthaster, ces étoiles de mer épineuses bouffeuses de corail. Ils entretiennent le récif, qu’ils font découvrir aux visiteurs. Ils ont créé plusieurs sites sous-marins, proches de la plage, pour favoriser la repousse du corail, en immergeant des épaves de bateaux sur le fond.

Sous la surface, ils ont aussi construit… un temple ! Un site étonnant, avec des statues de tortues et de bouddhas de style khmer, sur lequel j’ai plongé hier. Atmosphère étrange, un peu fantomatique.

C’est vraiment une drôle de chose que d’évoluer ainsi, entre 30 et 15 mètres de fond, au milieu de ces statues recouvertes (entièrement, pour les plus anciennes) de coraux et de gorgones. Des supports solides pour le corail, qui semble s’y être bien fixé.

Temple Garden : un temple sous-marin créé par les Jardiniers du récif de Pemuteran. Bali, Indonésie.

Des coraux électriques devant la plage

Enfin, les Reef Gardeners ont également participé au projet de récif artificiel Biorock, stimulé par électricité. Celui-ci se trouve à quelques mètres du rivage, en face de l’hôtel Pondok Sari. Depuis la plage, on voit les câbles s’enfoncer dans l’eau.

Il suffit de les suivre en palme-masque-tuba (snorkeling) pour observer les structures métalliques qui servent de support aux coraux. Certaines sont en forme de bateau, d’autres de fleur ou de pyramide. Les plus anciennes datent de 2000-2001 et sont joliment ornées de petits massifs coraliens.

La méthode est simple : on attache des branches de corail, qui se sont cassées ou détachées du récif naturel, sur un support métallique immergé et parcouru par un courant électrique. Il en résulte un phénomène d’électrolyse, qui permet au calcaire du corail de se fixer plus vite. Quatre à cinq fois plus vite, d’après le jeune homme qui m’a renseignée au petit bureau Biorock attenant à l’hôtel Pondok Sari.

Certains contestent le procédé : le corail se fixerait plus vite, mais moins solidement… Et il est vrai que j’ai vu pas mal de tables de corail renversées ou gisant de guingois sur le sable, lors de ma petite balade-snorkeling. Mais les Jardiniers du récif sont là pour remettre tout ça en état.

Quoi qu’il en soit, le spectacle féérique de ces bosquets de coraux – spectacle accessible à tous, à quelques mètres du bord – vaut carrément le détour ! Une belle initiative, vraiment.

Bref, suis sous le charme de cette plage, où tout le monde, des visiteurs aux habitants, se soucie de préserver la beauté des fonds sous-marins ! Et pour ceux qui pratiquent la plongée, les sites de Pemuteran comme ceux de l’île de Menjangan, non loin, méritent bien un séjour de quelques jours.

:roll:

Ajout du 16 février 2009

À lire en complément, sur le projet Biorock de Pemuteran, mon article paru dans le dimanche Ouest-France du 15 février 2009 :
» Les coraux électriques de Bali

À propos de l'auteur : Corinne Bourbeillon

Journaliste et traductrice, Corinne Bourbeillon est aussi blogueuse et “globe-trotteuse”. Elle adore voyager en Asie du Sud-Est, où elle se consacre à ses deux passions : la plongée sous-marine et la photographie. → En savoir plus

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5 commentaires sur “Jardiniers du récif et pouponnière à tortues

  1. Ces structures d’acier conviennent bien à la réintroduction du corail, d’ailleurs on peut en voir des nurseries un peu partout dans le monde désormais, c’est une très bonne initiative, qui fonctionne bien, et qui me semble un peu moins « grossière » que les épaves coulées sur des sites pour créer un nouvel écosystème.

  2. @ Marie-Ange:
    Je ne suis pas une specialiste en la matiere, mais l’initiative Bio Rock m’a semblee vraiment interessante. En tout cas, sur certaines structures, le resultat est plutot spectaculaire.
    :-)

    @ Yves:
    Oui, les sourires d’ici font vraiment chaud au coeur. Je voulais en poster d’autres, ce soir, en conclusion de mon sejour a Pemuteran, mais la connexion du cafe internet ou je suis a Amed est decidement trop lente… Je vais explorer les environs pour en denicher un autre. Je tacherai d’envoyer un nouvel article illustre demain.
    Enfin, je m’efforce, chaque fois que je rentre en France, au retour de mes periples en Asie, de preserver le souvenir de ces sourires radieux. Et de garder le sourire, moi aussi, le plus longtemps possible…
    :roll:

  3. Yo P’tite Bulle
    Waouh! A te lire et à voir tes photos, ce n’est même pas la peine de te demander si tu t’éclates. Comme d’hab, tu nous offres un extraordinaire carnet de voyage avec son lot de découverte, de paysages magnifiques et de sourirs d’autres latitudes. Ca se lit sans fin et ca fait oublier la grisaille ambiante de Rennes. Il ne te manque plus qu’une caméra pour un reportage sur National Geo!!!! Bon de mon coté je me prépare à mon voyage à LA. Le programme est sympa. Et grace au net, on garde le contact. Biz. Sam

  4. Yo Sam !

    Oui, je m’amuse bien…
    :roll:

    Pour les images qui bougent, j’ai bien quelques videos en stock, que je pourrais mettre en ligne via mon Dailymotion, mais vu la lenteur des connexions ici, je me contente des photos…
    :wink:

    Je suis ravie que mes petits posts te sortent un peu de la grisaille rennaise. Je suis arrivee hier a Amed, un pur bonheur ici aussi. C’est beau!!!

    Une succession de criques de galets et sable noirs, que l’on decouvre au fur et a mesure des lacets de la petite route cotiere. Une route paisible, sans camion, a parcourir en scooter, le nez au vent. Le tout domine par l’enorme silhouette du volcan Agung. Et ici aussi, les gens sont super… J’ai attaque aujourd’hui par une fantastique plongee sur l’epave du Liberty a Tulamben. Je sens que je risque de scotcher la encore un moment…
    8)

    Je te souhaite un excellent voyage a LA. Tu me raconteras… Tout plein de bises!

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