Le drapeau malaisien. (Photo : Pxhere / CC0)
Le drapeau malaisien. (Photo : Pxhere / CC0)

Malais ou Malaisien ?

  Entre deux voyages

Faut-il dire Malais ou Malaisien ? Les deux ! En fait, tout dépend du contexte, car les deux termes n’ont pas exactement le même sens.

Des Malaisiens malais, chinois, indiens

On peut être Malaisien, c’est-à-dire de nationalité malaisienne, sans être Malais.

Les Malaisiens sont les ressortissants de la Malaisie. Quand on parle de quelque chose relatif au pays, on utilise donc l’adjectif malaisien / malaisienne. Par exemple  : le Premier ministre malaisien, une compagnie malaisienne.

Les Malais sont la communauté ethno-linguistique majoritaire et historique du pays. Les communautés chinoises et indiennes sont également importantes en Malaisie, et il y a aussi les communautés indigènes de Bornéo.

Être Malais renvoie donc à l’appartenance « ethnique ». Ce n’est pas anodin, car la Malaisie établit une distinction entre ses citoyens en fonction de leurs origines, selon des critères assez précis. Cette discrimination est inscrite dans la Constitution et figure sur l’état-civil.

Dans son article 160, la Constitution malaisienne définit le Malais comme :

1 – une personne qui pratique la religion de l’islam, qui parle le malais, qui se conforme aux coutumes malaises
ET
2 – qui a des origines au sein de la Fédération de Malaisie ou Singapour avant l’Indépendance du 31 août 1957, ou bien qui est l’enfant d’au moins un parent né au sein de la population appartenant à l’époque à la Fédération de Malaisie.

Définition du Malais (article 160 de la constitution malaisienne). Source : Wikimedia.
Définition du Malais (article 160 de la constitution malaisienne). Source : Wikimedia.

Autrement dit : les Malais de Malaisie sont Malaisiens, mais tous les Malaisiens ne sont pas forcément des Malais…

Discrimination ethnique et religieuse

Origine et religion sont culturellement très imbriquées en Malaisie. Mais la discrimination ethnique et religieuse ainsi institutionnalisée a des conséquences sur la vie quotidienne de ses quelques 31,5 millions d’habitants.

Un apnéiste malaisien (que j’avais rencontré en Indonésie) m’avait ainsi expliqué que n’étant pas Malaisien malais, mais Malaisien chinois, il ne bénéficiait pas des mêmes droits que les Malais dans certains domaines comme l’éducation, le logement, l’accès à la propriété, à des crédits, etc.

Mise à jour. Cet article publié initialement en 2006 est toujours très consulté, des années après, dès que la Malaisie revient dans l’actualité… Je l’ai donc édité en rajoutant des liens récents ci-dessous, pour ceux qui veulent en savoir plus sur cet épineux sujet.

Je vous renvoie notamment sur cet article de Slate, publié début 2020, qui fait un état des lieux de ces inégalités institutionnalisées remontant à la colonisation britannique en Malaisie  :
→ En Malaisie, la Constitution institutionnalise les discriminations raciales

À voir aussi, les cartes et infographies éclairantes, publiées en 2016 dans cet article d’Asyalist  :
→ Malaisie  : équilibre précaire

Conclusion  : cette situation complexe est à l’origine de cette hésitation de langage que nous avons à employer les termes « Malais » ou « Malaisien ». On peut certes dire les deux, mais cela ne signifie pas tout à fait la même chose…

🤔

Le drapeau malaisien. (Photo : Pxhere / CC0)
Le drapeau malaisien. (Photo : Pxhere / CC0)

  Entre deux voyages

  Malaisie : péninsule et Bornéo - juillet 2006

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