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Publié le 4 juin 2018 / Mis à jour le 11 juin 2018

Aux Philippines, c’est LA rencontre mythique dont rêvent tous les plongeurs : le requin baleine, le plus gros poisson du monde.

Premier requin baleine en soixante ans de plongée !

Je connais quelqu’un qui plonge depuis près de soixante ans et n’avait encore jamais vu de requin baleine… 😄 Ce plongeur, c’est le biologiste marin Steven Weinberg !

Oui, l’auteur des fameux bouquins d’identification de la faune et de la flore sous-marine que compulsent avidement les plongeurs mordus de biologie. (Pour les non-initiés, on dit même « le Weinberg » au sujet de ses ouvrages qui sont une référence, un peu comme on dit « le Bescherelle » pour les livres d’orthographe.)

J’ai eu l’honneur et la chance d’avoir eu régulièrement Steven Weinberg pour binôme sous l’eau aux Philippines, en ce mois de mai 2018. C’était lors d’une inoubliable croisière plongée au parc marin de Tubbataha, suivie d’un court séjour à Panglao (île de Bohol). Un voyage organisé par mes amis Carol et Jérôme du centre de plongée Equation.

J’ai ainsi partagé avec Steven Weinberg un très grand moment de sa vie de plongeur et de biologiste marin : sa toute première rencontre avec un requin baleine ! ! ! 👌 Ou plus exactement ses deux premières rencontres avec ce splendide et inoffensif géant des mers (cet énorme requin n’a pas de dents, il se nourrit de plancton et de petits poissons).

La première rencontre a eu lieu à Tubbataha. La seconde devant le récif de Balicasag, île située en face de Panglao. Les images qui bougent valent 10 000 mots… Voici donc une courte vidéo que j’ai faite sous l’eau :

Photographier un requin baleine en « macro »

Steven, que l’on voit palmer énergiquement tout près de l’énorme requin, avait un objectif « macro » sur son appareil photo (c’est-à-dire une lentille grossissante faite pour capturer l’image de tout petits sujets). Bref, impossible avec cet équipement de photographier un monstre mesurant 7-8 mètres de long !

Et sous l’eau, quand on a un appareil reflex enfermé dans son caisson étanche, pas moyen de changer d’objectif. Oui, c’est ballot… 😂 Partir avec une configuration pour du « petit » et rencontrer du « gros » pendant la plongée, c’est le genre d’anecdote qui fait hurler de rire les photographes sous-marins… Le taulier du Forum Photo-Sub y est d’ailleurs allé de son petit commentaire ironique sur Facebook en voyant mes images : « Qui c’est qui fait du requin baleine en macro ? 😱 »

Mais pendant que je faisais des plans au grand angle, Steven, pas découragé par sa configuration inadaptée à la grosse bête, a, lui, tiré parti de son objectif macro pour photographier des détails : l’œil du requin baleine ainsi que les parasites dont il était couvert (ce sont les traces noires qu’on aperçoit autour de sa gueule et sur ses nageoires).

Il s’agit de tout petits crustacés, qu’il est parvenu à identifier : « Et qui a des photos de l’œil du requin et de sa peau, infestée de milliers de crustacés copépodes (Pandarus rhincodonicus), hein ? Et toc ! » répond-il aux moqueurs sur Facebook.

Je vous mets quelques-unes de ses photos ci-dessous :

Les détails du requin baleine photographiés par Steven Weinberg en macro... (Balicasag, Philippines, mai 2018)

Les détails du requin baleine photographiés par Steven Weinberg en macro… (Balicasag, Philippines, mai 2018)

Ces « poux de requin baleine » peuvent atteindre un centimètre de long et se nourrissent en fait d’algues et de bactéries sur sa peau. Il s’agirait donc moins de parasitisme que de commensalisme, c’est-à-dire que ces petits crustacés profitent de leur hôte, mais sans lui nuire. Ils sont a priori sans danger pour le requin baleine, qui a la peau très épaisse (une dizaine de centimètres).

La quête du requin baleine

Contrairement à Steven, j’avais pour ma part déjà rencontré des requins baleines avant ces deux plongées mémorables aux Philippines… Mais je n’ai pas toujours eu de la chance dans ma quête du plus gros poisson du monde.

Il faut savoir que l’espèce est menacée d’extinction et victime du shark finning, la pêche aux ailerons de requins (ceux-ci valent une fortune en Asie, où ils sont considérés comme un mets raffiné, voire aphrodisiaque). Pour les plongeurs, les rencontres avec ce bel animal sont rares et toujours impressionnantes…

ÉPISODE 1 : THAÏLANDE 2006

« Mon » tout premier requin baleine remonte à 2006, en Thaïlande lors d’une croisière plongée aux îles Similan. Une rencontre de hasard, survenue au palier. L’animal, un spécimen assez jeune, curieux, était venu nous tourner autour, de longues minutes durant…

Avec un requin-baleine en Thaïlande, en 2006.

Avec un requin-baleine en Thaïlande, en 2006.

ÉPISODE 2 : THAÏLANDE 2007

Un an plus tard, toujours en Thaïlande, cette fois-ci à Koh Lanta, j’ai bien cru que j’allais recroiser la route d’un requin baleine. Hélas, je ne l’admirerai que dans une vidéo, réalisée par un autre plongeur qui, lui, a eu la chance de le voir

ÉPISODE 3 : PHILIPPINES 2008

L’année suivante, lors de mon tout premier voyage aux Philippines, espérant forcer un peu le destin, je suis allée plonger à Sogod Bay (île de Leyte), baie connue pour être fréquentée à partir de mars-avril par les majestueux requins. En vain. Je n’en ai pas croisé un seul lors de mes plongées. C’est ainsi, c’est l’océan qui décide…

La dérive du feeding à Oslob. Aux Philippines, la présence des requins baleines est quasi garantie aux spots bien connus d’Oslob (île de Cebu) et de Donsol (île de Luçon). Mais j’ai toujours préféré éviter ces sites où déboulent des hordes touristiques et où sont organisés sans précaution, à des fins commerciales, le nourrissage de ces animaux sauvages (à Oslob) et des excursions en snorkeling (baignade en surface avec palmes-masque-tuba). Pour mieux comprendre, je vous invite à lire le post très instructif du blog Les Petits Voyageurs autour du monde, qui explique bien la situation.

Le requin baleine peu farouche que nous avons eu la surprise de rencontrer à Balicasag en ce mois de mai 2018 (voir la vidéo en début d’article) venait d’ailleurs sûrement du site d’Oslob à Cebu, les deux îles n’étant pas très loin l’une de l’autre pour ce gros poisson migrateur, capable de parcourir de longues distances…

ÉPISODE 4 : MEXIQUE 2014

Les années suivantes, j’ai continué à beaucoup plonger, principalement en Indonésie, mais sans jamais croiser à nouveau la route d’un requin baleine… C’est en 2014 que j’ai pu admirer à nouveau plusieurs spécimens, en snorkeling cette fois-ci, lors du rassemblement annuel des requins baleines au large de la péninsule du Yucatán, entre le golfe du Mexique et la mer des Caraïbes. De juin à septembre, avec un pic en juillet-août, ils migrent par centaines dans ces eaux chaudes, où on peut les observer se nourrir en surface (d’œufs de thon, entre autres).

J’en avais parlé ici → Les requins baleines mexicains ont de la gueule

À lire aussi, cet article scientifique en anglais → Why Giant Sharks Swim To Cancun For Spring Break : The Science Behind The World’s Largest Whale Shark Aggregation

Cette spectaculaire agrégation de requins baleines a lieu au large de Cancùn, du côté d’Isla Mujeres et Isla Contoy. L’événement est naturel, mais est devenu lui aussi une attraction touristique. Depuis quelques années, les approches des bateaux et les mises à l’eau sont heureusement réglementées (seulement deux personnes et un guide dans l’eau en même temps par animal). Il convient donc de choisir un opérateur autorisé et respectueux des procédures en surface, afin de perturber le moins possible le banquet des gros poissons.

Requin-baleine. (Isla Mujeres, Quintana Roo, Mexique, juillet 2014)

Requin-baleine. (Isla Mujeres, Quintana Roo, Mexique, juillet 2014)

ÉPISODE 5 : PHILIPPINES 2018

En embarquant en ce mois de mai 2018 pour une croisière plongée au parc naturel de Tubbataha Reefs, je savais que j’avais de très fortes chances, là-bas, de croiser un requin baleine… 😉

Tubbataha est en effet un sanctuaire marin, protégé depuis 1988 et inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1993. Il est composé de deux atolls et d’un îlot corallien, situés loin de toute terre habitée, à une douzaine d’heures de navigation de Puerto Princesa (île de Palawan) en pleine mer de Sulu.

La traversée n’est possible et autorisée aux bateaux des touristes plongeurs que trois mois dans l’année, pendant la saison sèche (de mi-mars à mi-juin) quand la zone n’est pas menacée par les typhons. C’est LA destination mythique pour la plongée aux Philippines. Le parc abrite quantité d’espèces différentes de requins et de poissons, ainsi que des raies mantas, et le corail est splendide.

Pour nous, ça commence très fort : dès le premier jour, lors de notre toute première plongée du matin, ma palanquée a la chance d’observer un requin baleine ! ! ! 😲 Petit aperçu dans la séquence ci-dessous, où on me voit batailler avec mon appareil (le mode vidéo refusait de se lancer). Merci à Jérôme d’Equation pour les images :

Résultat, alors que le requin baleine vient droit à ma rencontre, je ne réussis à faire que deux images (les photos ci-dessous), sans réglages, déclenchées à la va-vite par-dessus le mode vidéo inopérant…

Tant pis. Je savoure le spectacle. J’admire le puissant va-et-vient latéral de sa nageoire caudale, la livrée grise à points blancs très graphique. C’est vraiment un animal très beau, très impressionnant. Sa nage tranquille m’emplit d’un agréable sentiment de sérénité…

Je n’en reviens pas de notre chance. On finit la plongée émerveillés, heureux.

Le requin baleine nage trop vite pour les plongeurs... (Tubbataha Reefs, Philippines, mai 2018)

Le requin baleine nage trop vite pour les plongeurs… (Tubbataha Reefs, Philippines, mai 2018)

Ce requin baleine devait mesurer 5 à 6 mètres de long. Il était sans doute encore assez jeune. Les plus grands peuvent atteindre une douzaine de mètres. (Tubbataha Reefs, Philippines, mai 2018)

Ce requin baleine devait mesurer 5 à 6 mètres de long. Il était sans doute encore assez jeune. Les plus grands peuvent atteindre une douzaine de mètres. (Tubbataha Reefs, Philippines, mai 2018)

Au début de la croisière, je suis donc confiante. Il y en a eu un, il y en aura d’autres ! 👌

Mais au fil des jours, je finis par jalouser mes petits camarades des autres palanquées. Plusieurs d’entre eux, plus vernis que nous, vont à nouveau rencontrer l’énorme poisson ! Ce qui ne sera pas notre cas. Bon, à défaut de requin baleine, on se consolera quand même avec une raie manta…

Et puis, quelques jours après la croisière à Tubbataha, nous avons vécu cette seconde rencontre incroyable, totalement inattendue, dans les eaux de Balicasag, dont j’ai mis la vidéo au début de l’article… Une vraie surprise. Balicasag, c’est un site de plongée très sympa, mais pas réputé pour les très grosses bêtes comme Tubbataha. Ici, en principe, c’est surtout le royaume des tortues !

Seulement voilà… Un requin baleine nous attendait près du récif ! ! !

Le biologiste marin Steven Weinberg en tête-à-tête avec un requin baleine dans les eaux de Balicasag. (Philippines, mai 2018)

Le biologiste marin Steven Weinberg en tête-à-tête avec un requin baleine dans les eaux de Balicasag. (Philippines, mai 2018)

Le site de Balicasag, est surtout connu pour ses nombreuses tortues. (Bohol, Philippines, mai 2018)

Le site de Balicasag, est surtout connu pour ses nombreuses tortues. (Bohol, Philippines, mai 2018)

Les deux plongeurs en tête de notre palanquée en ont profité les premiers. Jérôme du centre Equation, qui nous guide, cogne sur sa bouteille pour nous alerter Steven et moi, qui sommes comme d’habitude à la traîne assez loin derrière, fort occupés avec nos appareils photo. Il est super agité et fait de grands signes…

Au début, je ne comprends pas. Certes, il y a un magnifique banc de carangues qui tournoie près du récif, mais de là à s’exciter comme ça… Et puis je vois une ombre imposante se préciser dans le bleu. Une silhouette que je connais bien. Pas possible ! ! ! 😲

Je me mets aussitôt à palmer frénétiquement, pour voir ça de plus près, vite, avant que la grosse bête ne se sauve !

Mais le requin baleine de Balicasag ne se sauve pas. Il nous laisse l’approcher, nos bulles bruyantes et scintillantes ne semblent pas l’intimider. Il accomplit tranquillement de grandes voltes près du récif et du banc de carangues, pas trop profond, entre 8 et 18 mètres, nous laissant tout le loisir de l’admirer, pendant une bonne vingtaine de minutes.

Ce géant doit mesurer dans les 7-8 mètres de long. Il nage sans se presser, mais nous, nous devons palmer dur pour suivre son allure. Nos bouteilles d’air sont vite vidées, on doit alors l’abandonner à regret, mais on remonte avec des étoiles dans les yeux…

Énoooorme !!! (Balicasag, Panglao, Bohol, Philippines, mai 2018)

Énoooorme ! ! ! (Balicasag, Panglao, Bohol, Philippines, mai 2018)

Le requin baleine nage tranquillement, ici à une dizaine de mètres de la surface. (Balicasag, Panglao, Bohol, Philippines, mai 2018)

Le requin baleine nage tranquillement, ici à une dizaine de mètres de la surface. (Balicasag, Panglao, Bohol, Philippines, mai 2018)

Le requin baleine nous laisse palmer à ses côtés. (Balicasag, Panglao, Bohol, Philippines, mai 2018)

L’énorme poisson nous laisse palmer à ses côtés. (Balicasag, Panglao, Bohol, Philippines, mai 2018)

Philippines : Tubbataha + Panglao - mai 2018

6 commentaires

  1. Karl

    J’ai eu la chance de voir des requins baleines par deux fois. Un moment à part, unique, qui marque à jamais la mémoire d’un plongeur.
    Merci pour ce rappel Corinne 🙂

    Répondre
    • Corinne Bourbeillon

      @Karl : oui, ce sont des rencontres rares et belles, et d’autant plus précieuses… Avec la surpêche et le commerce d’ailerons, il y a hélas de moins en moins de requins dans l’océan. C’est un privilège et une chance d’avoir pu ainsi les observer dans leur environnement naturel. Pas dit que ce soit encore possible dans quelques années… ☹️

      Répondre
  2. Pat

    C est vraiment désolant de penser que possiblement dans une génération, on ne verra plus certaines espèces, ce qui l est plus encore est le fait que les responsables le font à des fins non indispensables. Il y a des millions de façon de gagner de l argent sans mettre en danger des espèces animales ou végétales.

    En tout cas, merci à vous de continuer à témoigner et sensibiliser.

    Bon courage pour la suite.

    Répondre
  3. Lydie

    Pas inutile de rappeler au détour d’une phrase que le requin baleine est inoffensif…

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  4. LARIVE

    Toujours de magnifiques images ! Elles m’intéressent d’autant plus que le requin baleine est le seul projet « aquatique » qui me reste à vivre après mes déboires en plongée : Je crois qu’il existe une possibilité de me faire encore un peu plaisir, en PMT sur Oman ou le Mozambique

    Répondre
  5. Plongeur Barbu

    Combiner à la fois « plonger en binôme avec LE Weinberg » et « voir un requin baleine en plongée » : un sacré exploit ! La bête est impressionnante et majestueuse (je parle du requin).

    Répondre

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