Sous la lumière bleue, le poisson-lézard devient vert fluo ! Raja Ampat, janvier 2015.

Fluo diving : la plongée psychédélique

La nuit, les récifs ne sont pas gris. Une lumière bleue et un masque orange révèlent la fluorescence des coraux et créatures sous-marines.

Une plongée hallucinante !

C’est un phénomène naturel qui passionne les biologistes sous-marins. La fluorescence des coraux et de nombreuses créatures des récifs transforme une « bête » plongée de nuit en voyage psychédélique.

Corail fluorescent. Raja Ampat, Papouasie occidentale, Indonésie, janvier 2015.

Corail fluorescent. Raja Ampat, Papouasie occidentale, Indonésie, janvier 2015.

J’ai testé pour la première fois le « fluo-diving », la plongée fluo, lors de mon séjour à Raja Ampat en janvier 2015, sur le house-reef du Kri Eco Resort. Un émerveillement !

On voit surgir des dizaines et des dizaines de lueurs dans l’obscurité, comme par magie. Le récif paraît encore plus vivant et plus mystérieux, plus fascinant qu’en plein jour.

Fluorescence

La fluorescence est un drôle de truc. Il ne ne s’agit de pas de « bioluminescence » comme avec les vers luisants et autres bestioles capables de générer leur propre lumière dans l’obscurité. Il ne s’agit pas non plus de « phosphorescence » créée par un minéral (le phosphore), comme avec les aiguilles d’une montre qui brillent dans la nuit après avoir été exposées à une source lumineuse.

Non, la fluorescence est la capacité qu’ont certains organismes à renvoyer des couleurs vives (du vert, du jaune, du rouge) quand ils reçoivent une lumière bien particulière : la lumière dite « noire », celle des UV et d’une certaine gamme de bleu.

C’est une protéine qui réalise le tour de magie, en captant des photons et en en renvoyant d’autres. Pourquoi ? On ne sait pas encore exactement : pour se protéger des rayons UV, pour attirer des proies ou repousser des prédateurs, en réaction à une situation de stress… Les chercheurs bossent encore sur le sujet.

Il semblerait que les parties du récif où a lieu une croissance intense soient les plus lumineuses. Et, de fait, on repère très vite les « têtes » de corail, les polypes, et tout un tas de petites taches plus claires jusque dans les débris de corail prétendument « mort ». Autant d’indices qui montrent que la vie est à l’œuvre partout…

Équipement

Pour voir et photographier la fluorescence du corail et du monde sous-marin, il faut un équipement spécial. Dex, le Canadien qui gère le Kri Eco Resort de Papua Diving avec sa compagne Melanie, m’a prodigué un cours express, très instructif, et aidé à préparer mon caisson pour cette incroyable plongée.

Prêt pour une plongée fluo ? Kri Eco Resort, Raja Ampat, janvier 2015.

Il faut :

  • une lampe à lumière bleue spéciale pour provoquer la réaction fluorescente
  • un filtre jaune-orange sur le hublot pour filtrer cette lumière bleue de manière à ce que l’appareil-photo ou la caméra ne capte que la lumière émise en retour par les organismes fluorescents
  • un masque doté du même filtre jaune-orange, pour la même raison, le capteur étant cette fois-ci… les yeux. Sans filtre orange, impossible de voir la fluorescence !

Le film autocollant placé sur la vitre de mon hublot a rempli son office (filtrer la lumière bleue), mais la prochaine fois que je ferai une sortie fluo-diving, j’essaierai de me procurer un vrai filtre, car la transparence du film en plastique n’étant pas parfaite, impossible d’obtenir la belle netteté à laquelle je suis habituée avec mon 7D, pourtant performant en basse lumière.

Mais qu’importe. Ces premières images fluo, même imparfaites, donnent une bonne idée du fabuleux spectacle que réserve le récif sous une lumière bleue…

Immersion dans un autre monde

Au début, c’est un peu déroutant par rapport à une plongée de nuit « normale ». Je conseillerais donc d’être déjà familiarisé avec les plongées de nuit avant de tenter une plongée fluo.

Mieux vaut savoir gérer sa flottabilité sans même y penser et être à l’aise avec son matériel dans l’obscurité. Chaque point lumineux happe le regard, capte toute l’attention et a tendance à faire oublier le reste en périphérie.

Anémone fluorescente. Raja Ampat, Papouasie occidentale, Indonésie, janvier 2015.

C’est une immersion dans un autre monde. Un spectacle d’une beauté renversante. Il y a quelque chose de magique à voir surgir la lumière et la vie dans l’obscurité liquide, partout où l’on dirige sa lampe bleue.

Les coraux dessinent de fabuleux tableaux abstraits, les banals poissons-lézards devenus vert électrique se métamorphosent en monstres d’un autre temps, les poissons-scorpions rougeoient dans la nuit, les polypes semblent de minuscules mains douées de conscience…

Sous la lumière bleue, le poisson-lézard devient vert fluo ! Raja Ampat, janvier 2015.

Polypes de corail fluorescents. Raja Ampat, Papouasie occidentale, Indonésie, janvier 2015.

Corail fluorescent. Raja Ampat, Papouasie occidentale, Indonésie, janvier 2015.

Un poisson-scorpion devient rouge flamboyant sous la lumière bleue. Raja Ampat, janvier 2015.

Corail fluorescent. Raja Ampat, Papouasie occidentale, Indonésie, janvier 2015.

Polypes de corail fluorescents. Raja Ampat, Papouasie occidentale, Indonésie, janvier 2015.

Corail fluorescent. Raja Ampat, Papouasie occidentale, Indonésie, janvier 2015.

Quelques liens

Pour en savoir plus sur la plongée fluo et le phénomène de la fluorescence, je vous renvoie sur ces sites :

Photographier la fluorescence des coraux (par John Rander)
Fluorescences et Fluodiving (par Vincent Sorgius)
Fluopedia (en anglais, article très complet, par Steffen Beyer, d’autres liens ici)

En « googlisant » les termes « fluo diving » ou « fluorescence corail » vous trouverez encore quantité de littérature sur le sujet. Les centres de plongées sont de plus en plus nombreux à proposer ces plongées de nuit très spéciales. N’hésitez pas, si vous avez la possibilité de tester. C’est vraiment une expérience fantastique !

Voyage Indonésie : Raja Ampat - janvier 2015

  Indonésie : Raja Ampat - janvier 2015

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