Article mis à jour le 6 octobre 2017

C’est un gars en or. Opo, mon guide de plongée dans les eaux du Centre-Sulawesi, est devenu mon héros. Parce que, parfois, je suis un boulet…

Sous la surface

3 juillet 2017. Je remonte à la surface tranquillement, après les trois minutes du palier de sécurité à 5 mètres. Je contrôle machinalement ma vitesse d’ascension sur l’ordinateur de plongée à mon poignet gauche, puis je croise le regard de mon guide Opo derrière son masque, qui remonte à la même allure, face à moi.

Opo remonte vers la surface, en faisant le signe OK. (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Opo remonte vers la surface, en faisant le signe OK. (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Opo rassemble les blocs sur la plage du Tompotika, à Kampanar. (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Opo rassemble les blocs sur la plage du Tompotika, à Kampanar. (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

C’est lui qui m’a accueillie la veille au chouette petit resort de plongée Tompotika, après mon périple mouvementé pour rejoindre le village de Kampanar, sur la péninsule orientale du Centre-Sulawesi.

À 49 ans, c’est un guide de plongée indonésien expérimenté. Originaire de Manado, il connaît très bien les spots les plus fameux de Sulawesi. Il a accompagné des expéditions scientifiques, notamment aux îles Banggai, et a aussi longtemps travaillé au resort Murex de Bangka, où je suis déjà allée par le passé. Au fil de nos discussions, durant mon séjour à Kampanar, nous nous découvrons des connaissances communes… Le monde de la plongée est tout petit !

Ce jour-là, Opo me fait découvrir le magnifique site de Batu Tekek, au large de Kampanar. Un récif plein de vie, où foisonnent les coraux mous colorés et les gorgones. C’est un guide patient, attentif, bienveillant. Il prend le temps de m’indiquer les zones du récif les plus propices aux photos d’ambiance.

La visibilité n’est pas extraordinaire (j’étais prévenue, en cette saison, dans cette région du Centre-Sulawesi, l’eau est très chargée en particules et plancton). Mais je parviens quand même à faire quelques images sympas sous l’eau.

Sur le récif de Batu Tekek, les coraux mous colorés abondent. (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Sur le récif de Batu Tekek, les coraux mous colorés abondent. (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Du corail à foison, des poissons qui frétillent partout... Batu Tekek m'enchante ! (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Du corail à foison, des poissons qui frétillent partout… Batu Tekek m’enchante ! (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Une impressionnante gorgone trône sur le récif de Batu Tekek. (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Une impressionnante gorgone trône sur le récif de Batu Tekek. (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

J'ignore le nom de ce corail, très répandu dans les eaux indonésiennes. Je l'ai surnommé "buisson ardent". (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

J’ignore le nom de ce corail, très répandu dans les eaux indonésiennes. Je l’ai surnommé « buisson ardent ». (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Une élégante gorgone rose, déploie ses polypes face au courant. (Batu Tekek, Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Une élégante gorgone rose déploie ses polypes face au courant. (Batu Tekek, Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Les anthias et les demoiselles frétillent. (Batu Tekek, Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Les anthias et les demoiselles frétillent. (Batu Tekek, Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Une fois à la surface, nous enlevons nos équipements, les passons au boatman et remontons sur le bateau du Tompotika. Et c’est là, quand je veux vérifier mes paramètres de plongée, que je découvre que mon ordi n’est plus à mon poignet… 😱

Le bateau n’est pas très grand et nous ne sommes pas nombreux, il y a juste un autre couple de plongeurs, Nadia et Akim, un autre guide et le boatman. Tout le monde m’aide à chercher, au milieu des palmes et des stabs (gilets stabilisateurs) entreposés. On a vite fait de se rendre à l’évidence : ce qui n’est pas à bord est forcément au fond de l’eau…

Boulet à bord

Opo est sincèrement navré pour moi. « On va revenir plonger ici, on essaiera de le retrouver », me promet-il. Mouais, autant chercher une aiguille dans une botte de foin… Je fais bonne figure devant les autres, mais je peste intérieurement contre ma négligence. C’est forcément au retour à la surface que je l’ai perdu, je me rappelle fort bien l’avoir consulté lors de la remontée et du palier de sécurité.

Comme je fais toujours les mêmes gestes, machinalement, quand j’enlève mon équipement dans l’eau une fois à la surface, je n’ai pas vu qu’il m’avait glissé du poignet à ce moment-là. J’ai manqué de vigilance. Il faut se méfier de la force de l’habitude, du trop-plein de confiance en soi… Bref, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même.

Bon, ce n’est pas une tragédie non plus, ce n’est qu’une perte matérielle. Ça se remplace. Mais ce n’est pas exactement donné, ce genre de matériel. Ça fait râler.

Opo me propose gentiment de tenter notre chance dans la foulée, en deuxième plongée du jour. Mais cette fois-ci, les conditions sont contre nous : luminosité réduite avec un ciel qui a viré au gris, visibilité médiocre sous l’eau et courant qui nous pousse contre le récif, rendant impossible l’exploration de la zone où l’ordi a dû tomber… Tant pis.

Opo garde sa bonne humeur, malgré la touriste boulet à bord... (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Opo garde sa bonne humeur, malgré la touriste boulet à bord… (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

« On reviendra à un meilleur moment », me promet encore Opo. Il est vraiment sympa. Je n’en demande pas tant et je n’ai pas envie d’être un boulet.

À la fin de la journée, je me suis résignée à cette perte et ne vois pas l’intérêt de me gâcher l’humeur à cause de ça. Opo me prête un ordi du centre pour les jours suivants.

Le héros du jour

6 juillet 2017. Trois jours plus tard, je suis la seule cliente plongeuse au Tompotika. Les autres sont partis et les nouveaux ne sont pas encore arrivés. Il fait grand beau, c’est aujourd’hui ou jamais : on retourne plonger à Batu Tekek !

On longe la péninsule pour rejoindre le site de Batu Tekek. La balade en mer est magnifique ! (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

On longe la péninsule pour rejoindre le site de Batu Tekek. La balade en mer est magnifique ! (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

L’autre guide et le fils d’Opo nous accompagnent sous l’eau. Le plan : s’immerger là où on a refait surface l’autre jour, descendre, scruter le fond avec nos quatre paires d’yeux. « Si on ne trouve rien, je chercherai un peu plus loin de mon côté, me dit Opo. Vous n’aurez qu’à rester ensemble en poursuivant la plongée le long du récif. » 

La plongée est encore plus belle que l’autre jour ! Au début, je commence par inspecter le fond à une trentaine de mètres, méthodiquement, en faisant des U, mais sans grande conviction. Au bout d’un moment, je vois Opo nous faire des signes : il part explorer le fond un peu plus loin et nous indique de rester ensemble, en suivant le récif.

Quelques minutes plus tard, nous sommes remontés à 20 mètres, près du tombant, quand il réapparaît. Il fait semblant de rien, les bras croisés contre le torse, les mains cachées, mais il a les yeux qui brillent derrière son masque. Et il ne résiste pas longtemps au plaisir de me montrer sa trouvaille !

Trop fort. 😲

Surprise ! Regardez ce qu'Opo nous ramène... (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Surprise ! Regardez ce qu’Opo nous ramène… (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Mon ordinateur, récupéré par Opo à une trentaine de mètres de fond, gisait sous l'eau depuis 4302 minutes, soit 3 jours... (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Mon ordinateur, récupéré par Opo à une trentaine de mètres de fond, gisait sous l’eau depuis 4302 minutes, soit 3 jours… Et, oui, dommage pour la photo, il le tient à l’envers… (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Je hurle dans mon détendeur (pour les non-plongeurs : c’est l’embout qu’on a dans la bouche pour respirer). Incroyable ! Il a trouvé mon ordi ! Il gisait là, l’écran contre le sable, le bracelet intact et fermé, depuis trois jours, à 31,9 mètres de profondeur.

Opo est le héros du jour. Pendant notre intervalle de surface, sur la magnifique plage de sable blanc d’Ondoliang, je lui fais raconter son exploit devant l’iPhone :

J’ai un peu honte, il n’était pas obligé de se donner cette peine, mais il l’a fait quand même. Je lui suis sincèrement reconnaissante. Et ce jour-là, je trouve que le nom donné aux étrangers en Indonésie (bule, à prononcer… boulet) sonne vraiment bien pour désigner ma petite personne ! 😂

Ondoliang Beach

Je remercie Opo à n’en plus finir et on enchaîne les photos souvenir, avant d’attaquer noix de coco et poisson grillé avec des pêcheurs du coin. Pour eux, la bule boulet constitue une sympathique distraction et un sujet touristique exotique à photographier au téléphone. Je prends la pose avec le groupe, puis chacun d’entre eux…

Même sans le prétexte de l’ordi englouti, ça valait la peine de pousser jusqu’ici pour profiter de cette superbe plage.

La magnifique plage d'Ondoliang, où nous avons fait l'intervalle de surface. (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

La magnifique plage d’Ondoliang, où nous avons fait l’intervalle de surface. (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Le bleu de l'eau fait presque mal aux yeux. (Ondoliang Beach, Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Le bleu de l’eau fait presque mal aux yeux. (Ondoliang Beach, Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Les pêcheurs ont allumé un feu sur le sable pour griller les poissons. (Ondoliang Beach, Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Les pêcheurs ont allumé un feu sur le sable pour griller les poissons. (Ondoliang Beach, Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Ondoliang, la plage parfaite... (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Ondoliang, la plage parfaite… (Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Et puis on n'est pas dérangé par la foule... (Ondoliang Beach, Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Et puis on n’est pas dérangé par la foule… (Ondoliang Beach, Centre-Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)

Une bonne leçon

Il faut apprendre de ses erreurs. Dans mon cas, il aura quand même fallu deux leçons… 😬 Eh oui, j’avoue, le même incident m’était déjà arrivé, dans des circonstances similaires, il y a un an, en Égypte. Mon vieil ordi de plongée avait lui aussi fini englouti, au fond de la mer Rouge. Là, on n’avait pas pu aller le récupérer. Ça avait été un bon prétexte pour m’en offrir un flambant neuf…

Leçon retenue, ce coup-ci : plus jamais je n’enlèverai ma stab comme un sac-à-dos !

De fait, par deux fois, les mêmes causes ont produit les mêmes effets : un poignet trop fin et un bracelet trop gros mal serré sur la combinaison néoprène. Résultat, au passage des sangles de la stab, le bracelet peut s’accrocher et glisser de mon poignet sans que je m’en aperçoive.

Mon premier ordi était pourtant sécurisé avec une dragonne. Ça n’a pas suffi. Elle a dû se desserrer aussi. Je vais installer un système en Velcro sur la face intérieure du second, pour l’empêcher de glisser. Ironie de la situation, il y a justement sur ma combinaison, au niveau du poignet, un « universal computer holder » conçu exactement pour ça – mais j’ai perdu la partie à fixer au bracelet de l’ordinateur, censée s’agripper à la pièce de tissu pelucheux en-dessous, il va donc falloir que je bricole ça moi-même…

Le système "Universal Computer Holder". (Crédit photo : Beuchat)

Le système « Universal Computer Holder ». (Crédit photo : Beuchat)

Enfin, sur les conseils avisés d’Opo, j’ai changé mes habitudes pour décapeler en surface. J’ouvre désormais posément le clip de la sangle-bretelle gauche avec la main droite, pour libérer complètement mon épaule gauche et ainsi enlever mon gilet sans contorsion, ce qui évite tout accrochage malencontreux avec le bracelet de l’ordinateur…

Encore merci Opo ! Terima kasih banyak !

Après cet épisode, Opo a continué à jouer les modèles sous-marins... (Alibaba, Centre-Sulawesi, juillet 2017)

Après cet épisode, Opo a continué à jouer les modèles sous-marins… (Alibaba, Centre-Sulawesi, juillet 2017)

Indonésie : Sulawesi + Raja Ampat – juillet 2017

16 commentaires

  1. Anne06200

    Super article! Avec tout ce qui m’arrive depuis mes débuts en plongée, ça aurait vraiment pu m’arriver! Mais tu as raison on apprend de ses erreurs! Et toujours bravo pour ces belles images!

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  2. Nathalie

    Très bel article et magnifique photos !
    Il m’est arrivé la même tuile en Guadeloupe il y a quelques années et je n’ai jamais retrouvé mon ordi… je me console en me disant que le poisson qui l’a trouvé doit en avoir une grande utilité !
    La plage est juste magnifique.
    Nathalie

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  3. Robin

    Moi, comme je suis plutôt distrait, j’ ai un autre ordi de secours toujours attaché à la stab : un oceanic B.U.D. (https://www.oceanicworldwide.com/us/news/news-product-update-bud/). Jamais servi, mais je préfère plonger en mode « ceinture et bretelles ».

    J’ai déjà perdu un ordi, tu penses bien… sur un parking à Malte : là c’est encore pire, aucune chance de le retrouver 3 jours après !

    Bon, en même temps, en PADI, on montre comment enlever la stab en décrochant la bretelle gauche (c’est un exercice du Divemaster : enlever et remettre la stab sous l’eau).

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    • Corinne Bourbeillon

      @Robin : oui, la redondance a du bon… Jusqu’à présent, j’enlevais le plus souvent ma stab dans l’eau comme une veste ou un sac-à-dos, ne pensant à dégrafer l’épaule gauche que lors de conditions plus houleuses ou en cas de fort courant, quand tu dois t’accrocher à un bout d’une main. Bref, cette anecdote est une bonne leçon d’humilité 😉

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  4. Lisa

    Quelle histoire ! Enfin, ça m’a surtout donné envie d’apprendre à plonger, d’aller en Indonésie et d’aller plonger avec Opo !

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  5. Théotime

    Aha excellent, l’histoire qui finit bien de la journée ! La même situation m’était déjà arrivée, mais je n’avais pas eu l’occasion de re-plonger, ni un Opo aussi dévoué pour explorer les fonds marins. ps : tes photos donnent énormément envie de plonger !

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  6. Marc Thiercelin

    ai aussi appris à décapeler ainsi dans l’eau. Beaucoup plus confortable, moins fatiguant, et donc moins risqué. je découvre cette destination en Indonésie que je ne connais pas (connais Bali, Komodo et Raja Ampat). t’es photos donnent très envie de découvrir. Sinon les guides indonésiens comme Opo sont super. En connais des comme lui. Un bonheur de plonger avec eux !

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    • Corinne Bourbeillon

      @Marc : tout à fait, bien plus pratique de décapeler ainsi… Je découvrais Kampanar moi aussi, j’ai envie d’y retourner, cinq jours de plongée seulement c’était trop court. La prochaine fois je testerai à une autre période, en « high season » (de début à octobre à fin avril), considérée comme plus favorable pour la visibilité et je resterai sans doute quelques jours de plus. Quant aux guides indonésiens, rares sont ceux qui m’ont déçue… J’en connais plusieurs, moi aussi, des gars en or, comme Opo, vraiment un bonheur !!! 😉

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  7. Anne-Sophie

    Quelle histoire 😀 N’empêche que ce fut un excellent moyen de tester la résistance de ton ordinateur de plongée, celui-là, tu peux lui faire confiance.
    Une bien belle anecdote de plongée qui doit s’ajouter aux bien beaux souvenirs que tu as dû ramener de cette destination toujours aussi magnifique!

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    • Corinne Bourbeillon

      @Anne-Sophie : il a fallu que je le réinitialise, l’ordi, évidemment. Il ne voulait plus plonger, après ça… 😀 Je découvrais ce spot à Sulawesi et, comme je l’écris dans un autre commentaire plus haut, je pense que j’y retournerai. Le côté « hors des sentiers battus et loin des foules » me convient bien. Le corail est de toute beauté et il paraît qu’on peut même voir quelques grosses bêtes avec un peu de chance à la bonne période… Ça mérite d’être exploré plus longuement 😉

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