C’est la première chose que je repère en posant le pied sur le pont du bateau. Une queue de sirène, posée là, entre deux sacs de plongée.

Une queue de sirène sur le pont

Je me penche pour tâter l’objet. C’est souple et massif en même temps. La queue est jaune et bleu, en silicone, zébrée et hérissée de petites nageoires. Je soulève un peu la caudale. Ça pèse. J’apprendrai plus tard que la queue fait 12 kg !

« Tu partages ta cabine avec Cindy, c’est à elle, la queue de sirène », m’apprend Phil Simha, qui m’accueille à bord de l’Exocet, amarré dans la marina d’Hurghada, en Égypte. Photographe subaquatique professionnel, moniteur de plongée et d’apnée, il est l’instigateur de cette croisière-plongée d’une semaine en Mer Rouge.

Il ne m’en dit pas plus. Il est tard, plus de minuit. Ma coloc de cabine, arrivée plus tôt dans la journée, dort déjà. Je bataille avec la poignée de porte, me faufile jusqu’à ma couchette le plus silencieusement possible. Je m’en voudrais de réveiller une sirène… ☺️ Nous ferons connaissance le lendemain !

Certains se mettent à l'eau avec une bouteille d'air comprimé, d'autres avec une queue de sirène...

Certains se mettent à l’eau avec des bouteilles d’air comprimé, d’autres avec une queue de sirène… (Mer Rouge, croisière sur l’Exocet, octobre 2016.)

Cindy dépose sa queue de sirène sur le pont.

Cindy dépose sa queue de sirène sur le pont. (Mer Rouge, croisière sur l’Exocet, octobre 2016.)

Retour en Mer Rouge

Eh oui. En ce mois d’octobre, me voici en Égypte pour une croisière plongée thématique « photo et apnée ». Avec une sirène à bord, donc. Mais ça, je l’ignorais quand j’ai fait ma réservation, en dernière minute, apprenant qu’il restait une dernière place disponible quelques jours avant le départ…

Pour le reste, je savais à peu près à quoi m’attendre : de l’eau transparente à 28°C, à seulement quatre-cinq heures de vol de Paris. L’idée d’être entourée de plongeurs photographes comme moi et la présence d’amis apnéistes (Rémy et Audrey de Blue Addiction) ont achevé de me convaincre !

La croisière dure six jours et nous emmène sur des sites de plongée renommés en Mer Rouge : Hurghada, Ras Mohammed, Brothers, Safaga... (Égypte, octobre 2016)

La croisière dure six jours et nous emmène sur des sites de plongée renommés en Mer Rouge : Hurghada, Ras Mohammed et autres sites du Nord,  îles Brothers, Safaga… (Égypte, octobre 2016)

En plus, la Mer Rouge, je ne connais pas très bien. Mes seules plongées là-bas, avant ce nouveau voyage, remontaient à novembre 2011 (c’était également avec des photographes, ceux du Forum de la photo-sub).

Je sais, je suis très en retard dans mes récits, je n’ai pas fini de raconter mes plongées de 2016 en Indonésie (Komodo et Raja Ampat en juillet, Triton Bay en mars). Les posts à venir d’ici la fin de l’année seront donc un pêle-mêle de Mer Rouge et d’Indonésie, mais tant pis pour la chronologie ! Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de photographier et filmer une sirène sous l’eau. Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer quelques images… 😉

Sirène, c’est un métier

Le mermaiding ou sirènisme, c’est un nouveau loisir sportif en vogue, et aussi un métier. Coïncidence amusante, mon canard avait justement consacré un beau portrait à une sirène professionnelle, dix jours avant ma rencontre avec Cindy !

Le sirènisme, ça consiste à évoluer en apnée, les jambes glissées dans une queue de poisson — gracieusement, tant qu’à faire. Cindy est suisse, elle a la trentaine et donne des cours de mermaiding à des adultes et des enfants à Neuchâtel (plus d’infos sur son site Métisphère). Elle a joué les modèles en Mer Rouge pour nous, les photographes. Je vous laisse découvrir ce que ça donne, avec la petite vidéo ci-dessous :

C’est vraiment sportif, le mermaiding. Les performances de Cindy m’ont beaucoup impressionnée. S’immerger à plusieurs mètres de profondeur sur une seule inspiration, sans masque, les yeux grand ouverts, et onduler gracieusement avec une queue en silicone de 12 kilos tout en gardant le sourire, ça demande un sacré entraînement. Ariel peut aller se rhabiller.

Comment se met-on au sirènisme ? Par passion. Et par goût du défi, aussi, je crois. Cindy a toujours aimé l’eau et c’est une sportive de haut niveau : rock acrobatique, natation, apnée… Ingénieure, elle a décidé de changer de vie : « Je voulais me consacrer à des activités qui correspondaient davantage à mes aspirations », explique-t-elle. Elle est désormais naturopathe, coach et sirène ! Une sacrée nana…

Contrairement à nous tous, sur le bateau, elle n’avait jamais respiré dans un détendeur (le truc que les plongeurs ont dans la bouche et qui fait des bulles) : elle a donc profité de la croisière pour faire son baptême de plongée bouteille ! Et elle a même vu des requins. Écœurant, la chance des débutants… 😁

Tiens ! Une queue de poisson pour distraire les plongeurs au palier... (Mer Rouge, octobre 2016)

Tiens ! Une queue de poisson pour distraire les plongeurs au palier… (Mer Rouge, octobre 2016)

Les sirènes existent, la preuve... (Mer Rouge, Safaga, Égypte, octobre 2016)

Les sirènes existent, la preuve… (Mer Rouge, Safaga, Égypte, octobre 2016)

Cindy Guyot, sirène en liberté dans les eaux de la Mer Rouge. (Safaga, Égypte, octobre 2016)

Cindy Guyot, sirène en liberté dans les eaux de la Mer Rouge. (Safaga, Égypte, octobre 2016)

Nager avec une queue de poisson : une impressionnante performance physique... (Mer Rouge, octobre 2016)

Nager avec une queue de poisson : une impressionnante performance physique… (Mer Rouge, octobre 2016)

Séance d'apnée au milieu des bulles des plongeurs bouteille. (Mer Rouge, octobre 2016)

Séance d’apnée au milieu des bulles des plongeurs bouteille. (Mer Rouge, octobre 2016)

😮

  Égypte : Mer Rouge - octobre 2016

15 commentaires

  1. Steph

    Magnifique de voir çà en milieu naturel! Ça change des sirènes en piscine ou en aquarium….

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  2. Karl

    Sympa la sirène 🙂
    Par ailleurs, qu’as tu pensé de ta croisière ? Le nombre de bateaux au spot sur ta première photos est un peu effrayant. Pas trop craqué de monde sous l’eau ?

    Par ailleurs comment sous les coraux. J’étais passé par Hurghada voilà une bonne quinzaine d’années et beaucoup avaient déjà commencé à tristement blanchir.

    Répondre
    • Corinne Bourbeillon

      @Karl : je suis revenue enchantée de cette croisière sur l’Exocet, avec beaucoup de choses fascinantes pour moi à photographier : outre la sirène, des requins longimanes et quantité d’épaves spectaculaires… La Mer Rouge, c’est « exotique » pour moi, qui ai plus l’habitude de la zone indo-pacifique…

      Alors, sur cette photo, sauf erreur de ma part, le spot où nous sommes amarrés, c’est l’épave du Thistlegorm, très populaire… En tout cas, sous l’eau, je n’ai pas le souvenir d’avoir été gênée par d’autres palanquées. Nous ne nous sommes pas tous mis à l’eau en même temps, et un certain nombre de bateaux sont repartis avant nous…

      Sinon, nous étions nous-mêmes nombreux sur le bateau (une vingtaine de plongeurs), mais chacun évoluait en autonomie, par petites palanquées de 2-3, donc ça allait très bien. Il y avait aussi avec nous des plongeurs tek, qui vivaient leur vie plus en profondeur… Franchement, de ce point de vue-là, ça a été très bien.

      Sinon, difficile pour moi de juger de l’état des coraux à Hurghada ou ailleurs en Mer Rouge, lors de cette croisière de seulement une semaine. J’ai en tout cas fait de très belles images de récifs coralliens, que je posterai bientôt. J’en ai déjà mis quelques-unes ici, sur Facebook :
      https://www.facebook.com/media/set/?set=a.10157619108335158.1073741849.333947175157&type=1&l=7cf006276c
      Il y a des spots très beaux et très colorés, mais je n’ai pas pu voir l’ensemble des sites à Hurghada ou ailleurs, je ne peux pas vraiment donner un avis éclairé sur l’état général des coraux dans la région…

      Bon, c’est vrai que quand je plonge ailleurs qu’en Indonésie (en Mer Rouge donc, mais aussi en Polynésie ou au Mexique, pour mes autres expériences), je trouve toujours que le corail est moins spectaculaire et moins exubérant, de façon générale…

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  3. Cecilia

    Incroyable ! J’avais déjà vu des docu sur ce genre de nage, mais ça me laisse sans voix.
    Je pense que je serais incapable de nager avec les jambes bloquées dans une queue de sirène.

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  4. Alimata

    Partager sa cabine avec une sirène => Le rêve de tout plongeur (mâle) en croisière…
    Le monde est trop injuste !!
    NB : T’as vu des longimanus ?

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    • Corinne Bourbeillon

      @Alimata : hi, hi… Le truc, sur les bateaux de croisière, c’est que souvent ils apparient par genre : les naïades et les sirènes d’un côté, les tritons et les poissons-crapauds de l’autres…
      Oui, j’ai vu des longimanus, de très près, je vais raconter et montrer ça dans un prochain post… Expérience inédite et fascinante, pour moi !!!!

      Répondre
  5. Vincent

    Les photos et la vidéo sont superbes! Je ne savais pas que sirène était un métier, en tout cas je n’en ai pas encore croisé dans le lac Léman!

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