« We are pleased to upgrade you to Business Class. » Plantée devant le comptoir d’embarquement de Qatar Airways à l’aéroport de Doha, je n’en crois pas mes oreilles.

« Oh, thank you », je réponds à mi-voix. Alors que j’ai juste envie de hurler de joie, là, devant le comptoir ! ! !

« Enjoy your flight »

L’agent de la compagnie s’affaire avec ma carte d’embarquement, mon passeport et son clavier d’ordinateur, sans plus me regarder, accaparé par l’écran. Je dois pourtant avoir des tas d’étoiles dans les yeux. Et un sourire radieux de princesse de l’air.

😮 😃 😍 😇 🙃 😌

Mais je ne voudrais surtout pas interrompre cette rare et délicate et merveilleuse et très mystérieuse procédure consistant à déplacer dans la cabine de la classe Affaires une passagère ayant initialement acheté un billet de classe Économique en promotion (une aubaine : 450,89€ l’aller-retour Paris-Jakarta via Doha)…

Alors je me la joue profil bas, je patiente poliment et retiens le « why ? » qui me brûle les lèvres. Je manque un peu d’énergie aussi, avoir passé plus de 6 heures dans un premier vol Paris-Doha (en classe Éco mais avec un siège vide à côté de moi), puis refait la queue aux contrôles de sécurité et arpenté les allées de l’aéroport de Doha jusqu’à la bonne porte.

Mon ancienne carte d’embarquement est déjà au fond de la poubelle, déchirée en deux. L’imprimante crépite. L’homme me tend ma nouvelle carte d’embarquement et me rend mon passeport avec un grand sourire affable : « Enjoy your flight. » Argh. Oui, oui, oui, merci bien, « Thank you so much… » Mais il se tourne déjà vers les personnes derrière moi. L’heure du décollage est proche.

Luxe, calme et volupté

Ce n’est pas la première fois que je voyage en Business Class. Je n’avais pas pris le temps de le raconter à l’époque, mais c’était lors de mon voyage de juillet 2013, quand j’étais allée plonger à Bornéo. Pour le retour, avec la compagnie Emirates cette fois-là, j’avais échangé des miles accumulés contre un surclassement sur le tronçon de vol Dubaï-Paris. (Je n’avais pas assez de miles pour un surclassement sur l’ensemble du vol.)

Mais, là, pour ce nouveau voyage en Indonésie de juin-juillet 2016, avec la compagnie Qatar Airways, c’est bien la toute première fois de ma vie (et je prends l’avion plusieurs fois par an depuis près d’une vingtaine d’années) que je suis surclassée gratuitement ! ! ! Sans rien demander ni rien tenter de spécial. C’est dire si l’événement est rare…

😃

Dans le couloir qui relie la salle d’embarquement à l’avion, je ressens un petit frisson de bonheur, en bifurquant d’un pas assuré vers la gauche, là où il y a le panneau « Business Class », au lieu de continuer tout droit vers la porte donnant sur la cabine Éco…

Je découvre alors l’ambiance rose et feutrée de la classe Affaires. La couleur de l’éclairage changera en fonction des différentes phases du vol.

La cabine de la classe Affaires sur mon vol Qatar Airways entre Doha et Paris. 28 juin 2016.

La cabine de la classe Affaires sur mon vol Qatar Airways entre Doha et Jakarta (28-29 juin 2016).

Le steward commence par m’offrir une coupe de champagne en attendant le décollage et me laisse découvrir le menu pour le repas qui sera servi peu après. Avant les bulles sous l’eau, vive les bulles dans les airs ! ! !

Alors que défile sur l’écran le film des consignes de sécurité, tourné sur le mode de l’humour avec des stars du ballon rond parce qu’on est en plein Euro de foot,  je découvre le kit voyage offert aux passagers : pyjama, chaussettes et chaussons, trousse de toilette avec produits chics, bouchons d’oreille et masque, gros casque audio antibruit, gros oreiller et couverture épaisse… Je soupire d’aise.

Je suis chouchoutée avant même le décollage...

Je suis chouchoutée avant même le décollage…

Consignes de sécurité en mode "footballistique"...

Consignes de sécurité en mode « footballistique »…

Peu après le décollage, j’attaque le repas. J’ai opté pour un assortiment de mezzés méditerranéens en entrée, un curry massaman de bœuf en plat principal pour me mettre déjà un peu dans l’ambiance asiatique et un plateau de fromages pour finir – fromages dont je me gave sans vergogne, en prévision des semaines à venir, où le riz sera plus souvent mon ordinaire…

Le tout est servi sur une nappe blanche, avec verre à pied, vrais couverts et petite corbeille de vrai pain. C’est si bon, le luxe…

Entre deux films et deux bouchées de fromage, je tente d’utiliser le système de wifi. Pas très convaincant. Appâtée par les premières minutes gratuites, où j’ai vu que ça fonctionnait à peu près bien, j’ai dépensé ensuite quelques dollars pour prolonger le service… pour pas grand-chose ! La connexion est devenue instable et plutôt lente, puis carrément inexistante avec message disant que les pays survolés n’autorisent pas le service et invitant à réessayer plus tard.

Jetlaguée, épuisée par le précédent vol, je m’abandonne vite au confort de mon siège-alcove, qui me cache au regard des voisins et devient ma bulle pendant les quelque huit heures de vol.

Mon siège-alcôve tout confort...

Mon siège-alcove tout confort…

Ce siège peut devenir transat ou lit, avec plein de positions intermédiaire... Le rêve !

Ce siège peut devenir transat ou lit, avec plein de positions intermédiaire… Le rêve !

De fait, le vrai luxe en Business Class, c’est que le siège est transformable en vrai lit, où on est complètement allongé. Le rêve absolu pour moi qui ne parvient pas à dormir assise (ou si peu). Grâce à mon lit, je parviendrai à grappiller quelques heures de sommeil pendant le voyage et arriverai un peu moins en vrac que d’habitude à Jakarta, où je dois enchaîner avec un vol pour Bali…

Durant cette parenthèse de luxe dans les airs, je n’ai pris que quelques photos à l’iPhone, furtivement. Comment dire… Certes, le ridicule ne tue pas, mais tout de même, je n’avais pas trop envie de ressembler à Mr Bean découvrant la Première Classe (voir la première minute de la vidéo ci-dessous)… 😂

Comment sont choisis les passagers surclassés ?

Revenons un peu en arrière, à l’aéroport de Doha, quand je suis encore hébétée d’avoir à la main un billet de Business Class… Un panneau me bouche la vue, depuis la salle d’embarquement et je ne parviens pas à voir si le passager suivant bénéficie du même traitement de faveur.

Parce qu’il faut savoir que je ne suis pas la seule chanceuse, ce jour-là… Le monsieur qui était devant moi, dans la file du comptoir d’embarquement, s’est lui aussi fait surclasser ! J’ai observé discrètement la scène – un peu fébrile, un peu jalouse – quand j’attendais mon tour, espérant très fort me voir proposer, moi aussi, un « free upgrade », un surclassement gratuit. Et c’est ce qui s’est passé ! 😆

C’est une « chance » dont on bénéficie rarement, en tant que passager lambda (comme je disais plus haut, ça ne m’était encore jamais arrivé, en vingt ans de voyages). Mais ce n’est pas tout à fait dû au hasard. Après réflexion, je pense que dans mon cas, il a fallu la conjonction des six facteurs ci-dessous pour que ce petit miracle arrive :

  • Le vol était vraisemblablement complet. C’est-à-dire qu’il y avait au moins autant de passagers enregistrés que de sièges disponibles dans l’avion, toutes classes confondues.
  • La compagnie avait dû faire du surbooking sur la class Éco. C’est une pratique courante et normale, il y a toujours un pourcentage d’annulations, de non-présentation de passagers. Et en cas de « trop-plein », il y a toujours la solution de réassigner un certain nombre de passagers de la classe Éco dans des sièges de classe supérieure non-occupés, ou, au pire, sur un autre vol.
  • J’étais en transit et me suis présentée très tard à l’embarquement. En effet, la correspondance entre mes deux vols, Paris-Doha et Doha-Jakarta, étant très courte (à peine 1 heure 20), je n’ai réussi à arriver qu’à la toute fin de l’embarquement à Doha (nouveaux contrôles de sécurité à franchir à la descente de l’avion, puis temps de parcours dans les allées de l’aéroport pour rejoindre la porte). Je suppose qu’en cas de surbooking, les passagers qui se présentent au tout dernier moment à l’embarquement sont ceux sur lesquels se joue la configuration ultime de l’appareil, dans le système de gestion des compagnies aériennes.
  • Je me suis enregistrée très à l’avance sur ce vol. J’avais fait mon « check-in » en ligne, la veille du départ, sur le site de la compagnie. Mes cartes d’embarquement (Paris-Doha et Doha-Jakarta) ont ensuite été réimprimées au comptoir d’enregistrement de l’aéroport Charles-de-Gaulle à Paris, soit une dizaine d’heures avant le départ du vol Doha-Jakarta sur lequel j’ai été surclassée. L’ordinateur de la compagnie avait donc confirmation depuis longtemps que je poursuivrais bien mon voyage sur le Doha-Jakarta.
  • Je voyageais seule. Quand il faut reconfigurer l’occupation des cabines de l’avion, il est évidemment plus facile de déplacer un passager unique qu’un groupe ou des familles. (Encore un argument en faveur du voyage en solo !) Encore que plusieurs lecteurs me signalent avoir déjà pu bénéficier d’un surclassement alors qu’ils voyageaient à plusieurs, en famille…
  • Je suis inscrite au programme de fidélité de la compagnie. J’ai une carte de fidélité avec toutes les compagnies aériennes que j’emprunte, ce système permettant d’accumuler des « miles ». Pourtant, je ne suis pas toujours « fidèle » quand je pars à la chasse aux billets d’avion : j’opte en général pour la compagnie proposant les meilleurs tarifs (je suis inscrite à toutes les newsletters pour être alertée des périodes de promotion) mais avec des horaires corrects (le prix n’est pas mon seul critère, je préfère payer un peu plus cher pour ne pas avoir une attente interminable dans un aéroport s’il y a une correspondance, par exemple). Mais le fait d’être enregistrée comme « cliente fidèle » a cependant peut-être joué en ma faveur, quand, confrontés à la situation de surbooking, l’ordinateur et/ou l’agent responsable de l’embarquement ont lancé la procédure de sélection d’un certain nombre de passagers en classe Éco à redistribuer dans les sièges non-occupés des classes supérieures.

Beaucoup de mythes sont véhiculés sur internet, avec de prétendues « astuces » ou « secrets » ou « conseils » pour se faire surclasser, comme celui de soigner sa tenue, par exemple… Les réassignations de sièges étant la plupart du temps gérées par un programme informatique, je doute qu’une jolie robe ou un pantalon chic puisse amadouer l’ordinateur (pour ma part, ma tenue était confortable et tout à fait présentable, mais aucunement élégante) !

Doha-Jakarta : huit heures de vol environ...

Doha-Jakarta : huit heures de vol environ…

En revanche, il est vrai qu’on peut toujours espérer faire partie des chanceux quand le vol est complet ou qu’il y a du surbooking. Mais sur un vol qui n’est pas plein, c’est beaucoup plus improbable.

À noter que quinze jours avant le départ, j’avais reçu un e-mail de la part de la compagnie, me proposant un surclassement (payant) précisément pour ce tronçon de vol Doha-Jakarta (ce que je n’ai pas fait, le montant étant tout de même conséquent). Mais c’est bien la preuve qu’il restait à ce moment-là des sièges vides en Business Class et que la cabine Éco était peut-être déjà trop pleine…

Quelques liens

Si vous lisez l’anglais, je vous invite à aller sur le forum FlyerTalk parcourir ce long et instructif témoignage d’un ex-agent américain, chargé de finaliser les embarquements, qui raconte comment les surclassements sont organisés, avec différents cas de figure :

→ Operational upgrades from a gate agent’s perspective

Autre lecture intéressante sur AirTravelGenius (en anglais aussi), sur la façon dont sont gérés par les compagnies aériennes ces surclassements de dernière minute appelés « operationnal upgrades » :

→ How to Get an Airline Upgrade on Your Flight

Enfin, deux récits amusants (toujours en anglais) de voyageurs vraiment déterminés à se faire surclasser et qui y sont parvenus… Preuve que les ordinateurs censés optimiser le remplissage des avions ne décident pas toujours de tout et que le facteur humain peut aussi jouer un rôle :

→ How to be upgraded to First Class like a boss

→ Scoring a FREE Business Class upgrade ! ! !

Et vous, avez-vous déjà eu la bonne surprise de vous faire surclasser gracieusement ?

☺️

Voyage Indonésie : Komodo + Raja Ampat (juillet 2016)

Indonésie : Komodo + Raja Ampat - juillet 2016

6 commentaires

  1. damien

    2 fois pour nous, dont une fois à 4 (2 adultes + 2 Ado). Je saurais pas dire si nous avions l’ensemble des critères mais pour sûr pas celui de la tenue vestimentaire :). En tout cas, c’est sûr, c’est toujours une super surprise.

    Répondre
  2. Julia

    Et bien présenter ça aide aussi, il a du quand même regardé si t’étais pas trop cracra avant de t’upgrade

    Répondre

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