Se réveiller au pied d’un volcan et vivre le rêve de Magellan… quoi de plus exaltant ? Bienvenue dans l’archipel de Banda, les mythiques îles aux épices.

Le rêve de Magellan

Fin octobre 2015. Je suis à bord du Waow. Première étape de cette fabuleuse croisière-plongée : l’archipel de Banda, poignée d’îles volcaniques dans les Moluques, en Indonésie, au sud-est d’Ambon. C’est là :

Ce sont des îles loin de tout, aujourd’hui peu connues des touristes venant découvrir l’Indonésie… Pourtant, c’est pour elles que Magellan a entrepris le premier tour du monde en bateau de l’histoire ! Je suis folle d’enthousiasme à l’idée de découvrir cet archipel du bout du monde.

Entre deux plongées pleines de requins-marteaux en mer de Banda, je n’attends qu’une chose : poser le pied sur ces îles mythiques, les fameuses îles aux épices, tant convoitées aux XVIe et XVIIe siècles ! Magellan, lui, n’a pas eu cette chance. Il a été tué (le 27 avril 1521) aux Philippines, alors qu’il touchait presque au but…

Le Waow a jeté l'ancre dans la baie de Banda. Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Le Waow a jeté l’ancre dans la baie de Banda. Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Banda Api, l'île-volcan de l'archipel. Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Banda Api, l’île-volcan de l’archipel. Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Noix de muscade

Mes camarades plongeurs et moi débarquons enfin le 30 octobre 2015 à Banda Neira, pour une excursion touristique. Au programme : visite du petit musée, de plantations de muscadiers et du fort Belgica…

Vue sur le volcan depuis le port de Banda Neira. Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Vue sur le volcan depuis le port de Banda Neira. Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Banda Neira, c’est à la fois le nom de l’île, du port et de la capitale administrative de l’archipel qui compte dix îles en tout (seulement six-sept sont habitées). C’est là que vivent près de la moitié des 14 000 habitants de l’archipel de Banda. C’est là que nous découvrons l’histoire coloniale sanglante des îles aux épices (girofle, cannelle, muscade), que se sont disputées Espagnols, Portugais, Anglais et Hollandais, aux XVIe et XVIIe siècles. À l’époque, l’archipel des Moluques était le seul endroit où poussait la précieuse noix de muscade. Si précieuse, qu’elle valait son poids en or…

Banda Neira est aujourd’hui un gros bourg paisible, où l’on peut encore voir d’anciennes bâtisses coloniales hollandaises, édifiées à l’époque de la toute-puissance de la VOC, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales.

Il y a plusieurs écoles, des bâtiments administratifs, une mosquée, des petits commerces, un centre de plongée, un minuscule aéroport, quelques guesthouses et hôtels…

La rue du port de Banda Neira. Moluques, Indonésie, octobre 2015.

La rue du port de Banda Neira. Moluques, Indonésie, octobre 2015.

À Banda Neira, on trouve encore des cyclos ! Moluques, Indonésie, octobre 2015.

À Banda Neira, on trouve encore des cyclos ! Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Des rues paisibles et fleuries. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Des rues paisibles et fleuries. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Des fruits étranges sur les étals. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Des fruits étranges sur les étals. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Une salle de classe de la grande école primaire de Banda Neira. Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Une salle de classe de la grande école primaire de Banda Neira. Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Des plongeurs du Waow ont apporté des fournitures scolaires pour les enfants, ce qui nous vaut d'être autorisés à passer dans les classes. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Des plongeurs du Waow ont apporté des fournitures scolaires pour les enfants, ce qui nous vaut d’être autorisés à passer dans les classes. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Comme partout en Indonésie, les enfants adorent prendre la pose pour la photo-souvenir. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Comme partout en Indonésie, les enfants adorent prendre la pose pour la photo-souvenir. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Les petites sont venues jouer sur le front de mer, après l'école. (Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.)

Les petites sont venues jouer sur le front de mer, après l’école. (Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.)

Bâtisse coloniale de l'époque hollandaise. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Bâtisse coloniale de l’époque hollandaise. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Noix, écorce, macis, feuilles : dans le muscadier, tout est bon ! Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Noix, écorce, macis, feuilles : dans le muscadier, tout est bon ! Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Le guide nous présente des noix de muscade. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Le guide nous présente des noix de muscade. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Noix de muscade. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

La fine écorce rouge qui recouvre la noix, à l'intérieur de la coque, c'est le macis, considéré comme une épice encore plus fine encore que la noix elle-même. D'une belle couleur rouge quand il est frais, le macis devient orange en séchant. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

La fine écorce rouge qui recouvre la noix, à l’intérieur de la coque, c’est le macis, considéré comme une épice plus fine encore que la noix elle-même. D’une belle couleur rouge quand il est frais, le macis devient orange en séchant. (Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.)

Le fort et le volcan

Juste en face du fort Belgica, édifié au XVIIe siècle par les Hollandais sur les vestiges d’un fort portugais, s’élève le cône volcanique de l’île de Banda Api.

Les plus motivés de notre petit groupe grimpent au sommet des tours du fort. Échelle en ferraille pas rassurante et passage très étroit. Mais ça en vaut la peine. La vue est spectaculaire. Steffan, le vidéaste du Waow, profite de l’excursion pour sortir son drone !

Depuis plusieurs jours, au fil de la navigation du Waow, qui nous emmène d’un site de plongée à l’autre autour de l’archipel, nous avons pu admirer le volcan sous différents angles. Appelé gunung api , c’est-à-dire « montagne de feu » en indonésien, il culmine à environ 640m, dominant tout l’archipel.

La dernière éruption du volcan de Banda remonte à 1988. Le guide qui nous fait visiter le minuscule musée de Banda Neira, s’en souvient. « Mais tout le monde été évacué avant la principale éruption, explique-t-il. Il n’y a eu qu’un ou deux morts, des personnes âgées qui ne pouvaient pas ou ne voulait pas quitter leur maison. »

La lave s’est figée depuis. Deux immenses coulées noires balafrent de part et d’autre les flancs du cône volcanique jusqu’à la mer. Le jour de notre arrivée dans l’archipel, on a plongé sur un site nommé… Lava Flow. Au pied de l’une des coulées de lave !

Les deux coulées de lave noire du Gunung Api, orientées nord-sud, sont bien visible sur les images satellitaires de Google Earth.

Les deux coulées de lave noire du Gunung Api, orientées nord-sud, sont bien visible sur les images satellitaires de Google Earth.

Sous l'eau, là où la lave s'est déversée, d'imposantes corolles de corail dur se sont développées. (Banda Api, Moluques, Indonésie, octobre 2015.)

Sous l’eau, là où la lave s’est déversée, d’imposantes corolles de corail dur se sont développées. (Banda Api, Moluques, Indonésie, octobre 2015.)

Vue sur Banda Api, depuis l'entrée du fort Belgica. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Vue sur Banda Api, depuis l’entrée du fort Belgica. (Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.)

Le cone du volcan, le "gunung api", domine l'archipel. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Le cône du volcan, le « gunung api », domine l’archipel. (Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.)

Le fort Belgica a été édifié par les Hollandais au XVIIe siècle. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Le fort Belgica a été édifié par les Hollandais au XVIIe siècle. (Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.)

Du haut des tours, on aperçoit notre bateau, le Waow, au loin dans la baie. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Du haut des tours, on aperçoit notre bateau, le Waow, au loin dans la baie. (Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.)

Pulau Run et New York

Tous les enfants des écoles de Banda connaissent cette histoire… Le destin de New York est intimement lié à celui de la minuscule île de Run (prononcez « roune »), l’île la plus occidentale de l’archipel indonésien de Banda.

Colonisée d’abord par les Portugais vers 1512, Pulau Run (pulau signifie « île » en indonésien) est prise par les Anglais vers 1605 avec l’île voisine de Ai. Ces derniers convoitent la précieuse noix de muscade dont je vous parlais plus haut, pour leur Compagnie anglaise des Indes orientales.

Le musée de Banda Neira présente quelques tableaux évoquant le commerce de la noix de muscade par les Hollandais, épice précieuse qui ne poussait à l'époque que dans l'archipel de Banda.

Le musée de Banda Neira présente quelques tableaux évoquant le commerce de la noix de muscade par les Hollandais, épice précieuse qui ne poussait à l’époque que dans l’archipel de Banda.

Ça ne plaît évidemment pas du tout aux Hollandais qui, à l’époque, veulent établir dans l’Océan indien le monopole de leur propre compagnie, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC), sur le lucratif commerce des épices et de la noix de muscade en particulier.

C’est une histoire longue et sanglante… Je vous la fais courte : les Hollandais, qui sont parvenus à évincer les Portugais de l’archipel de Banda, y imposent leur domination en massacrant les insulaires en 1621. Mais les Anglais résistent et tiennent toujours Run et Ai.

Pour finir, les Anglais battront en retraite, mais non sans négocier. Le sort de Run est scellé par le traité de Breda, signé en 1667. Pulau Run est cédée à la Hollande, et en échange l’Angleterre reçoit un îlot lointain, situé aux Amériques, dans ce qui était alors la Nouvelle Amsterdam : Manhattan !

Eh oui… Difficile d’imaginer, à l’époque, le développement qu’allait connaître Manhattan aux siècles suivants, pour devenir la ville de New York que nous connaissons aujourd’hui.

Le monument qui commémore le massacre de 1621, avec des canons d'époque. (Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.)

Le monument qui commémore le massacre de 1621. (Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.)

Exposé au petit musée de Banda Neira, ce tableau dépeint un épisode marquant de l'histoire des îles Banda : l'exécution, en 1621, de 44 chefs autochtones, dans l’enceinte du Fort Nassau en 1621, sous le commandement du cruel gouverneur hollandais de la VOC, Jan Pieterszoon Coen, qui a fait appel aux Japonais et à leurs sabres pour les décapitations...

Exposé lui aussi au petit musée de Banda Neira, ce tableau dépeint un épisode marquant de l’histoire des îles Banda : l’exécution de 44 chefs autochtones, dans l’enceinte du Fort Nassau, sous le commandement du cruel gouverneur hollandais de la VOC, Jan Pieterszoon Coen, qui a fait appel aux Japonais et à leurs sabres pour les décapitations…

Une gravure de 1724, représentatn Banda Neira et le Gunung Api. (Illustration : Wikimédia)

Une gravure de 1724, représentant Banda Neira et le Gunung Api. (Source : Wikimédia)

Pour en savoir plus sur l’histoire mouvementée des îles Banda (ancienne et récente), je vous renvoie sur ce récit passionnant et très complet, rédigé pour le site « Bali Autrement »  par l’anthropologue Franck Michel, grand spécialiste de l’Asie :
Les îles Banda, un archipel rudement convoité

Un archipel perdu

Quand notre petit groupe s’apprête à quitter Banda Neira pour retourner sur le Waow, qui mouille dans la baie, le gros navire rouillé de la Pelni, la compagnie indonésienne de ferries, vient d’arriver. D’un seul coup, c’est la foule des grands jours dans le bourg, encore endormi et quasi désert une heure plus tôt.

Les marchands ambulants ont déployé leurs étals dans la rue qui mène à l’embarcadère – poissons, épices, fruits et légumes… Quantité de marchandises sont chargées et déchargées de l’énorme ferry, dans une cohue plus organisée qu’elle n’en a l’air. Ça crie, ça se bouscule, il y a un continuel va-et-vient de porteurs, de motos, de gens…

L'arrivée du ferry est un événement. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

L’arrivée du ferry est un événement. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

C'est la foule des grands jours dans les rues du port. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

C’est la foule des grands jours dans les rues du port. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

C'est la cohue dans les rues du port. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

C’est la cohue dans les rues du port. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Sur la passerelle du ferry, un flot incessant de marchandises et de passagers. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Sur la passerelle du ferry, un flot incessant de marchandises et de passagers. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Sur la passerelle du ferry, un flot incessant de marchandises et de passagers. Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Cet énorme ferry rouillé tiendra-t-il la mer encore longtemps ? Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Cet énorme ferry rouillé tiendra-t-il la mer encore longtemps ? Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Bye, bye ! Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Bye, bye ! Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.

Retour à bord du Waow, ancré devant le Gunung Api. (Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.)

Le Waow, ancré au pied du Gunung Api. (Banda Neira, Moluques, Indonésie, octobre 2015.)

Comme dans toutes les îles un peu isolées, l’arrivée du bateau qui assure des liaisons régulières avec le reste du monde est un événement. Une véritable « ligne de vie » pour les insulaires. Alors que notre annexe s’éloigne, je contemple, rêveuse, toute cette agitation sur le quai, en songeant à Magellan, aux grands navigateurs d’antan et aux innombrables guerres anglo-néerlandaises pour le contrôle des routes maritimes commerciales.

La route des épices a fait autrefois la célébrité des Moluques et des îles Banda. Les Occidentaux les ont un peu oubliées, aujourd’hui. Elles n’attirent plus que de rares voyageurs, curieux de sortir des sentiers battus, et quelques plongeurs privilégiés…

 

J’étais l’invitée du Waow du 27 octobre au 8 novembre 2015, pour cette croisière-plongée baptisée « Secrets of Seram ». Toutes les opinions émises ici restent 100 % les miennes. 

Croisière plongée à bord du Waow - oct-nov 2015

Indonésie : Banda + Raja Ampat - octobre 2015

10 commentaires

  1. Marie

    J’aime bien quand tu es sur terre. Il y a plusieurs histoires d’échanges d’îles ou de territoire, qui se révèlent surprenants quand le temps a passé. 😉
    Manhattan contre muscade. As-tu rapporté du macis ?

    Répondre
  2. Éric

    Bonsoir Corinne
    En ces temps…. put….. cela fait du bien de penser, de voir autres choses. Merci pour tout.
    Les voyages et l’Indonésie me manquent
    Éric

    Répondre
  3. Nathalie

    Bonjour Corinne !

    Je suis une « fan » et je dois dire que de nombreuses fois je me suis inspirée de vos voyages afin d’élaborer les miens. Votre site est une vrai mine d’or et incite à la rêverie…
    Comme vous je vais souvent plonger en Indonésie, c’est un pays que j’adore pour diverses raisons ( gentillesse des habitants, dépaysement, paysages fabuleux et j’en oublie)
    Concernant le macis, une fois sec et mélangé a du thé vert c’est un pur délice… L’infusion du mélange dégage un arôme parfumé et très subtil… J’adooore ! D’ailleurs il ne m’en reste presque plus 🙁
    Je vous souhaite de passer de belles fêtes de fin d’année.
    Nathalie.

    Répondre
    • Corinne Bourbeillon

      @Nathalie : quand nous avons visité la plantation de muscadiers, on nous a servi du thé très parfumé… Il contenait aussi de la cannelle.
      Je suis très touchée de votre petit message très chaleureux, merci d’avoir pris le temps de me laisser ce commentaire. Je vous souhaite pareillement de bons moments pour ces fêtes de fin d’année.. À bientôt sur Petites Bulles d’Ailleurs !
      🙄

      Répondre
  4. Gaël Café du voyage

    Je n’avais pas eu le temps d’aller sur les Molluques lors de mon périple en Indonésie et c’est un vrai plaisir de les découvrir via ton article.
    L’Indonésie est un tel patchwork de cultures qu’il faudrait plusieurs années pour explorer ce pays!
    Je vais tout de suite découvrir tes plongées dans la région avec tes autres articles 🙂

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

117 Partages
Partagez91
Tweetez
+123
Enregistrer3