Les tombes suspendues anciennes en bois, rongées par l’humidité, laissent voir les ossements qu’elles contiennent. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)
Les tombes suspendues anciennes en bois, rongées par l’humidité, laissent voir les ossements qu’elles contiennent. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)

Des crânes, des grottes et une piscine

Je vous ramène à Sulawesi, dans le pays Toraja, où j’ai passé quelques jours à l’été 2007. Au programme : balade à scooter depuis Rantepao, pour découvrir les sites de Ket’e Kesu, Londa et Tilanga.

Wisma Monton, mon petit hôtel à Rantepao

Jeudi 12 juillet 2007, Rantepao. Ce jour-là, j’ai décidé d’explorer les villages au sud de la ville. Je loue donc une moto (en fait, l’équivalent d’un scooter), à 40 000 Rp la journée (moins de 3 €) dans la rue principale. Pour le repérage, je me suis procurée une carte des environs à l’hôtel.

L’hôtel en question, j’y ai atterri sur les conseils d’autres voyageurs croisés en route : il s’agit du Wisma Monton. Je recommande l’endroit, c’est central et calme, propre et pas cher, les chambres sont vastes, réparties sur des balcons autour d’un jardin.

Nuit négociée à 90 000 Rp (environ 6-7 €), avec eau chaude et petit-déj’ inclus, pas de supplément surprise, et accueil charmant. Ci-dessous, l’intérieur du Wisma Monton et la vue depuis les balcons de l’hôtel.

Je pars sur ma moto le cœur léger, le nez au vent, sans crainte. Les « motorbikes », comme partout en Asie du Sud-Est, sont en fait des mobylettes-scooters avec changement de vitesses au pied gauche. Pas besoin d’être motard(e) pour piloter ces engins.

Une fois franchies les limites de Rantepao, les routes et chemins sont très tranquilles. Il suffit de rouler à petite vitesse, en gardant le pouce sur le klaxon et un œil sur les chiens, les poules, les enfants qui traversent…

Ket’e Kesu : greniers à riz traditionnels et tombes suspendues

Première étape, bien connue des circuits touristiques du coin : Ket’e Kesu. J’y suis de bon matin, il n’y a pas un chat. Et la lumière est belle.

Il y a là de jolies maisons traditionnelles et greniers à riz tongkonan, des tau-tau (les statues des défunts) enfermés derrière une grille, des tombes récentes et des tombes anciennes suspendues, avec bois rongé et os éparpillés au pied de la falaise située derrière le village.

Le village de Ket'e Kesu, en plein pays Toraja, au sud de Rantepao. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)
Le village de Ket’e Kesu, en plein pays Toraja, au sud de Rantepao. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2017)
Les tombes suspendues anciennes en bois, rongées par l’humidité, laissent voir les ossements qu’elles contiennent. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)
Les tombes suspendues anciennes en bois, rongées par l’humidité, laissent voir les ossements qu’elles contiennent. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)

Atmosphère paisible, là encore, comme à Lemo. Curieusement, le voisinage de la mort n’effraie pas, dans ces contrées, mais inspire plutôt la sérénité.

Londa : grottes-tombeaux Toraja et tau-tau

Ensuite, cap sur Londa, autre site funéraire réputé. Ici aussi, des tau-tau guettent les visiteurs du haut d’un balcon. Mais on vient surtout à Londa pour les “caves”, des grottes pleines de crânes. Pas très ragoûtant. Des « offrandes » en cigarettes, argent, bonbons sont laissées en vrac près des ossements.

L'entrée des grottes, avec les "tau-tau" qui surveillent les visiteurs, depuis leur balcon... (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)
L’entrée des grottes, avec les « tau-tau » qui surveillent les visiteurs, depuis leur balcon… (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)
Les "tau-tau" de Londa. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)
Les « tau-tau » de Londa. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)
Les grottes de Londa sont des tombeaux ouverts au public, qui renferment des crânes et des cercueils. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)
Les grottes de Londa sont des tombeaux ouverts au public, qui renferment des crânes et des cercueils. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)
Cigarettes et piécettes s'entassent sur ce qu'il reste de ce défunt. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)
Cigarettes et piécettes s’entassent sur ce qu’il reste de ce défunt. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)

Je me suis aussi risquée dans le minuscule boyau humide reliant les deux grottes principales, pilotée par un guide qui loue ses services à l’entrée avec une puissante lampe. La lampe est indispensable, mais le boyau sans intérêt. Ça m’aura juste permis de vérifier que j’ai une bonne résistance à la claustrophobie… Les deux grottes sont en fait accessibles par l’extérieur.

Le site, à l’extérieur, est beau. Décor abrupt de falaises cernant une rizière. Je donne les quelques roupies promises au gars avec sa lampe, puis retourne à ma moto.

Baignade à la “piscine” naturelle de Tilanga

Direction la piscine naturelle de Tilanga. La balade d’un site à l’autre est très agréable. On passe par des routes de campagne peu fréquentées, où les gens vous saluent gaiement, on longe des rizières, des champs, des bouts de forêts.

Paysages de rizières, entre Londa et Tilanga. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)
Paysages de rizières, entre Londa et Tilanga. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)

Tilanga est une sorte de cuvette dans la roche. L’eau y est très froide, très claire. On est sous le couvert des arbres, il fait bon. C’est un lieu où se retrouvent les jeunes, les familles du coin, pendant les vacances ou le week-end.

Je suis à peine arrivée qu’un groupe de jeunes filles me repère et me fait de grands signes de la main. Je les rejoins en essayant de ne pas me casser la figure sur les rochers irréguliers qui bordent le plan d’eau. Des garçons du même âge, un peu plus loin, m’observent approcher.

Tilanga est une vraie piscine naturelle. On s'y retrouve pour pique-niquer ou se baigner, en famille ou entre amis. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)
Tilanga est une vraie piscine naturelle. On s’y retrouve pour pique-niquer ou se baigner, en famille ou entre amis. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)
Dans l’eau vive de la “piscine”, petits et grands se laissent porter par de grosses chambres à air en guise de bouées. (Tana Toraja, Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)
Dans l’eau vive de la “piscine”, petits et grands se laissent porter par de grosses chambres à air en guise de bouées. (Tana Toraja, Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)

Je me fais des copines à la piscine. Uny, 21 ans, qui étudie l’anglais pour devenir prof, est ravie de me faire la conversation. Elle est là avec Veronika et Lina, je ne sais plus laquelle des deux est sa cousine, et toute une floppée de gamins et ados d’âges divers, frères et sœurs des unes et des autres… On papote, on sympathise, photos obligatoires et échange des adresses email.

Le groupe de garçons passe devant nous, interpelle les filles d’un ton un peu moqueur, et s’éloigne à pied par le chemin. Certains osent me faire un petit au-revoir de la main, d’autres détournent la tête timidement quand je croise leur regard.

Sur le pont, les garçons rient entre eux en regardant les filles qui jouent dans l'eau. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)
Sur le pont, les garçons rient entre eux en regardant les filles qui jouent dans l’eau. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)

Je les rattraperai un peu plus loin sur la route, avec ma moto. Eux se tapent à pied tout le trajet du retour jusqu’au premier arrêt de bemos (les minibus locaux). Je stoppe à leur hauteur et fais un brin de causette.

Je commence par répondre à leurs « Dari mana ? » (d’où venez-vous ?) et aux habituelles questions avec le peu de bahasa indonesia que je sais, mais la suite se fait en anglais. Ils se débrouillent bien. Ils hallucinent de voir une touriste, une fille de surcroît, se balader comme ça, sans guide ni chaperon, et à moto. Mais ils trouvent que j’ai bien raison.

On se quitte avec de grands saluts joyeux de la main et je reprends le chemin de Rantepao.

Retour à Rantepao

Avant de rentrer, je pousse par curiosité jusqu’au marché de Bolu, tout près de Rantepao, où je m’offre un mie goreng (nouilles sautées) assez moyen, trop gras, dans un boui-boui. Encore un marché où on vend de tout et des tas de denrées odorantes plus ou moins identifiables.

À Rantepao, je retrouve mes amis hollandais, Suzanna et Johan, qui veulent louer une voiture avec chauffeur le surlendemain, pour remonter jusqu’au lac Poso. Ils me proposent de partager la voiture avec eux. Ils sont en quête d’un modèle “familial”, confortable, avec air conditionné, pour leurs trois enfants : deux filles, Ronja et Silke, et un garçon, Jelle (les J des prénoms hollandais se prononcent Y). Il y aura de la place. La balade me tente et j’accepte volontiers.

Le centre de Rantepao, avec un rond-point “tongkonan”, histoire de vous rappeler que vous êtes bien en pays Toraja. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)
Le centre de Rantepao, avec un rond-point “tongkonan”, histoire de vous rappeler que vous êtes bien en pays Toraja. (Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)

Je décide donc de changer mes plans. Au départ, je pensais m’épargner fatigue et tracas en redescendant dans le Sud à Makassar, pour y prendre un vol pour Luwuk. Et de Luwuk, gagner Ampana par la route, d’où on embarque pour les îles Togian. À la place, je ferai donc le trajet par la route intérieure.

 » Voir la carte de l’itinéraire

Je suis vraiment ravie de l’offre de Suzanna et Johan, car j’avais envie de faire ce trajet, mais j’hésitais à le faire seule. La région du lac Poso était réputée peu sûre pour les voyageurs solitaires d’après les guides de voyage que j’avais consultés (c’est apparemment très exagéré, la situation s’est apaisée depuis). La location d’une voiture avec chauffeur pour moi toute seule n’était pas dans mes moyens. Et je ne me sentais pas le courage d’un interminable et inconfortable trajet en bus local sans clim’ sur les routes défoncées.

Je parviens tant bien que mal à faire annuler mon vol Makassar-Luwuk sur la Merpati, réservé quelques jours plus tôt à Manado. Les gens de l’agence de voyage Toraja Permai, à Rantepao, dans la rue principale (jalan Mapanyukki), sont très sympas, très serviables. Ils passent tous les coups de fil pour moi, règlent mon histoire. Le remboursement du billet sera à récupérer, minoré de quelques frais, à l’agence où je l’ai acheté à Manado.

Le Mambo, repaire des guides locaux

Je vais dîner le soir au restaurant Mambo, en compagnie de mes autres voisins de chambrée au Wisma Monton, un couple d’Espagnols, Joseba et Anna, avec qui j’ai sympathisé. Le Mambo est le repaire des guides locaux et on se marre bien à les écouter pousser la chansonnette, dans toutes les langues, pour distraire la poignée de touristes attablés là.

Ils sont bien sympas, tous ces gars, incroyablement polyglottes. Le Guide du Routard critique leur comportement agressif, mais je n’ai rien observé de tel.

Bien au contraire. Ils nous racontent des tas de trucs intéressants, ils sont drôles, ouverts. Et consternés d’apprendre que nous préférons nous passer d’eux pour visiter le pays. Mais comme on leur paye quelques bières pour les consoler, ils ne nous en tiennent pas rigueur. On trinque, on rigole.

Au Mambo, les guides adorent s'inviter à la table des touristes. L'ambiance est bonne ! (Rantepao, Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)
Au Mambo, les guides adorent s’inviter à la table des touristes. L’ambiance est bonne ! (Rantepao, Sulawesi, Indonésie, juillet 2007)

De toute manière, ils ont déjà des clients cette semaine. Des groupes en voyage organisé sont à Rantepao pour quelques jours. Parmi eux, beaucoup de Français.

Le lendemain, nous projetons,  Joseba, Ana et moi, de faire ensemble une virée à moto dans le Nord, autour de Batutumonga.

  Indonésie : Sulawesi - juillet 2007

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