Saluopa, la cascade dans la jungle

Je poursuis le récit de mon périple à Sulawesi (Indonésie) de l’été dernier. Retour, donc, au dimanche 15 juillet 2007. J’oublie complètement que, la veille, c’était la fête nationale en France… Je suis si loin! Au programme, ce jour-là, après la délicieuse baignade matinale dans les flots translucides du lac Poso: Saluopa Waterfall.

Saluopa Waterfall

Oui, vous avez bien lu. La cascade où nous conduit notre guide-chauffeur Ynus, cet après-midi, porte le nom évocateur de… Saluopa. C’est à 8km-20mn en voiture de la mignonne plage des Siuri Cottages, sur la rive ouest du lac Poso, où nous avons passé la nuit.

Bon. Des cascades, je commence à en avoir vu pas mal, dans ces contrées. Mais celle-ci est un enchantement.

Elle n’a pourtant l’air de rien, comme ça, de prime abord, quand on arrive sous les arbres. Ce n’est au début qu’un beau et large ruisseau qui s’étage tranquillement, de roche en roche, sur plusieurs niveaux. Et puis, plus on s’enfonce dans la jungle, plus le grondement de l’eau s’amplifie.

On commence par remonter le cours d’eau, en marchant le long d’un chemin facile et bien dégagé.

Pas de sangsues, ouf ! Pas de moustiques non plus, c’est l’autre bonne surprise. Je craignais un peu de me faire bouffer, mais non. Même pas besoin de me badigeonner de repellent pour faire fuir ces fichus niamouk (l’un des premiers mots que j’ai appris en indonésien, c’est dire).

Le faux ruisseau prend ensuite du volume et de la hauteur, avec des roches ruisselantes de plus en plus imposantes. Première grosse cataracte.

L’escalier aménagé dans le rocher est débordé par les flots. Il faut passer à côté. Ronja, Jelle et Silke, les enfants de mes amis hollandais, se font une joie, eux, de passer par l’escalier. Ils en ressortent hilares et trempés.

Plus on grimpe dans la jungle, plus le sentier est étroit. Il y a quelques passages délicats, où il faut être un peu attentif, bien caler le pied sur une pierre, se tenir à une racine, prendre appui sur une autre. Mais rien de difficile. Même la petite Silke, la plus jeune, qui a dans les 7-8 ans, y arrive

Autre arrêt spectaculaire un peu plus haut. La cascade est devenue énorme. L’eau ruisselle de partout sur de grosses roches.

On peut se baigner là, ou traverser sur le roc à fleur d’eau. C’est un peu casse-gueule, on est aspergé d’embruns. Ynus enlève direct ses fringues et fait trempette. Johan et son aînée, Ronja, pas très rassurée, l’imitent.

Après, on continue la grimpette. Moitié par la jungle, moitié les pieds dans l’eau, dans le lit de la rivière, qui s’élargit et redevient calme, entre deux plateaux de roche et des troncs d’arbres éléphantesques.

J’ai bien fait de venir en tongs. Les sandales où l’on est pieds-nus sont ce qu’il y a de plus pratique pour cette balade sylvestre et rafraîchissante.

Mais la cascade part de très très haut. Nous n’irons pas jusqu’au bout.

Le petit Jelle est fatigué, il faut refaire tout le chemin en descente, plus rude que la montée, comme toujours. Et puis tout le monde a envie de profiter encore un peu de la plage avant la tombée de la nuit.

Retour à Siuri Beach

Siuri Beach est un lieu de promenade populaire. En fin de matinée, “notre” plage a vu débouler un groupe d’ados bruyants et un peu envahissants.

Vautrée dans mon hamac, sur la terrasse de mon bungalow, j’entendais bien, vaguement, au loin, des gens chanter en chœur, battre des mains, le tout ponctué de cris et d’éclats de rire. Mais la torpeur a été plus forte que la curiosité. Au lieu d’aller voir ce qui se passait là-bas, je me suis endormie. Et je me réveille en sursaut, peu après, cernée par tout un groupe d’ados, accoudés à ma balustrade.

Ils rigolent entre eux et m’observent avec curiosité. Des garçons en plein dans le fameux âge bête… Je réponds d’abord gentiment à l’inévitable «Dari mana?», pas peu fière de faire étalage de mon maigre bahasa : «Saya orang perancis. Nama saya Corinne…» (Je suis française, je m’appelle Corinne…) Puis j’échange quelques mots avec ceux qui parlent le mieux anglais. Ils veulent que je les prenne en photo, comme d’hab, et sont tous surexcités de pouvoir s’admirer sur l’écran numérique.

Mais je fais vite les gros yeux, agacée de voir que deux petits malins en profitent pour essayer de me chiper des bricoles qui traînent sur la table: biscuits, paquet de clopes, briquet. Je rapatrie illico à l’intérieur mon sac qui traîne sur la terrasse, je ferme la porte, puis je reviens leur dire ce que je pense de leurs mauvaises manières.

Du coup, les morveux partent sans demander leur reste, avec pour trophée un paquet de cigarettes vide oublié sur la table.

Les filles, qui nous observaient un peu à l’écart, en gloussant, osent alors s’approcher. Elles prennent bien sûr ma défense, décrètent que les garçons sont très bêtes, mais s’empressent de me demander, elles aussi, des photos…

OK, les filles! Cheeeeeeeese!

Avec elles, c’est plus facile de discuter un peu. Tous ces jeunes gens et jeunes filles terminent leurs vacances et entrent en première année de lycée le lendemain. Ce dimanche est leur dernier jour de liberté avant la rentrée des classes.

Un professeur qui les accompagne vient me saluer ensuite, en s’excusant pour le dérangement… Bah ! Don’t worry, mister !

;-)

6 Réponses

  1. Yves

    Hey Corinne,
    Vraiment rafraichissant ce post … Pour les cigarettes aucun regret bien au contraire :roll:
    J’ai bien aimé le passage ou tu parles « le grondement de l’eau s’amplifie » J’adooorrreee … J’ai vraiment l’impression d’y être… l’impression d’entendre la terre vivre 8) Merci.

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  2. Corinne

    Oui, la terre est vraiment “vivante” là-bas… On en prend vraiment conscience, entre les cascades, la végétation exubérante et les volcans.

    Dans mes prochains articles sur Sulawesi, tu verras qu’on a plus qu’une simple impression d’entendre vivre la terre. Car il lui arrive régulièrement de se mettre à frémir et à trembler…

    ;-)

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  3. Yves

    Un commentaire, concernant ta photo je pense, les pieds dans l’eau de la rivière donne une certaine envie de sa baigner et réveille quelques vieux souvenirs de Corse …

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  4. Thib

    Hello !

    « Saya orang perancis, nama saya Thib »… très utile en indo, effectivement !!!

    Merci pour ce chouette article.

    ;-)

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  5. Corinne

    @Thib:

    Oui, j’ai drôlement progressé en bahasa lors de mon séjour en Indonésie… Je comprend maintenant toutes les questions de base qu’on me pose, et je sais dire comment je m’appelle, d’où je viens, où je vais, depuis combien de temps je suis dans le pays et la durée de mon séjour, mon âge, si j’aime/j’aime pas, etc. En général, ton interlocuteur hallucine que tu lui répondes dans sa langue et il commence alors à débiter à toute allure de nouvelles phrases que tu ne comprends plus du tout, alors je balance mon fameux « saya tidak mengerti » en précisant que je ne parle qu’un tout petit peu (setikit) indonésien… Mais qu’importe, l’échange part sur des bases plus sympas que si j’avais tout fait en anglais.
    :D

    @Yves:

    Sulawesi est bien loin de la Corse, mais les plaisirs de la baignade restent valables sur toute la planète… Je m’attelle bientôt à d’autres récits de baignades, mais salées et sous-marines, qui, j’espère, te plairont aussi.
    :-)

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  6. Hélène

    Je suis à l’aéroport de New York et je me suis évadée en parcourant ton site et entre autre ta dernière mise à jour.Merci pour ce moment!!!Bisous!

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